Communisme et communalisme — Intervention au PEPS, 27 juin 2026

Intervention de Patrice Leclerc lors d’une réunion du PEPS (Pour une Écologie Populaire et Sociale) le 27 juin 2026, au nom d’Alternative Communiste.


Merci de votre invitation, je vais essayer d’apporter ma pierre au débat comme maire et comme membre d’alternative communiste.

Si une des caractéristiques de la gestion communiste présente et passée c’est qu’au minimum, nous essayons de lier luttes et gestion, que nous refusons d’être de simple exécutant-es des décisions de l’État. Nous sommes des élu-es qui ne baissent pas les bras devant une loi, une contrainte, mais qui essayent de transformer la réalité par la lutte.

Par exemple, chaque année avec plusieurs villes nous présentons des arrêtés contre les expulsions locatives, pour l’interdiction des pesticides, reconnaissance de l’Etat de la Palestine en 2018, arrêtés qui sont cassés au Tribunal administratif, récemment contre la loi des 1607 heures (avec des victoires partielles), ou pour garder des moyens pour les communes.

Si nous luttons, cela suffit-il comme originalité de gestion ? Non, des maires de droite, et de toutes couleurs politiques, se battent aussi pour de bonnes comme de mauvaises raisons.

Alors que faut-il de plus ? J’ai envie de dire, tout simplement par un bout ou par un autre, contribuer à changer l’ordre des choses existant, faire reculer la marchandisation de la société, faire reculer toutes les dominations.

Si les communistes ont été des précurseurs : colo, cantine, dispensaire, logement social, place de la culture dans les politiques éducatives, quotient familial, etc… aujourd’hui, toutes les villes font plus ou moins cela. La différence ne peut pas être une différence de curseur, même si ça compte de faire plus de culture de police municipale, choisir le logement social, plutôt que le logement de standing.

Notre question est comment aujourd’hui, à partir du local contribuer à changer l’ordre des choses existant, faire autrement.

Je partage une réflexion de l’anarchiste Murray Bookchin, qui a écrit sur l’écologie sociale, sur le municipalisme libertaire :

« Là où des changements sociaux provoqués ne s’alimentaient pas à une conscience populaire formée et informée, ils devaient finalement être imposés par la terreur — et les divers mouvements se sont sauvagement retournés contre leurs idéaux humanistes et libérateurs les plus chers et ont fini par les dévorer. »

Cette réflexion nous intéresse comme communiste à l’aune des expériences et échecs dans d’autres pays mais dans notre histoire.

Nous devons donc axer notre réflexion sur notre capacité à faire avec, à nouer davantage l’association des gens aux décisions de gestion.

Le chercheur et auteur québécois Jonathan Durand Folco ouvre des pistes :

« L’émancipation n’est pas seulement le travail (bien que celui-ci demeure un enjeu fondamental), mais la réappropriation démocratique des milieux de vie, c’est-à-dire la possibilité de prendre part aux décisions collectives sur l’ensemble des enjeux qui affectent nos conditions d’existence. »

Voilà pour moi, un des enjeux essentiels pour gérer en rouge : la municipalité, la commune, peut et doit être un point d’appui pour cette réappropriation.

C’est d’autant plus important, de penser un municipalisme du XXIème siècle, si l’on observe que l’usine, l’entreprise, n’est plus le lieu où se développe le sentiment d’appartenance de classe, d’appartenance à un groupe social, et de fierté d’en faire partie. Peut-être que la commune doit, pour nous, être ce lieu.

Un lieu où l’on pourrait se fixer comme objectif d’unir producteur et consommateur, citoyen-nes et salarié-es, où la personne se retrouve dans toutes ses dimensions en capacité d’agir sur son cadre de vie et de travail. À terme, c’est surement à ce niveau qu’il faudra réfléchir définition des besoins, objectifs de production des entreprises, aménagement du territoire…

Et si les communs ne sont pas des choses, mais consistent en des pratiques sociales et des relations sociales, c’est à partir de la commune que nous pouvons nous atteler à ce travail en développant de la coopération sociale, des activités auto-organisées, un sentiment de classe et d’identité locale ouverte sur le monde, une conscience de l’enjeu de nouveaux rapports au vivant pour sauver nos petits-enfants, et donc imposer de nouveaux modes et rapports de production…


Enfin, je voudrais terminer mon intervention sur une idée : le danger de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite devrait concentrer l’attention de toutes les forces politiques de gauche et au-delà.

Nous avons une AG d’Alternative Communiste ce mardi 30 juin pour, après le congrès du PCF, essayer d’avoir une position propre (dans tous les sens du terme) sur les enjeux politiques auxquels doivent répondre les communistes membres du PCF ou non.

Pour ma part, je pense que notre rôle de communiste face au danger fasciste, est de contribuer au rassemblement le plus large possible pour empêcher l’extrême droite au pouvoir. Cela engage sur deux axes :

Premier axe : travailler au rassemblement le plus large possible contre le danger d’extrême droite autour du candidat le plus à gauche le mieux placé pour arriver au second tour. Cela veut dire mener le débat pour faire mesurer le danger de l’extrême droite et d’agir contre l’idée de deux gauches irréconciliables. Notre objectif doit être de gagner l’élection présidentielle à gauche — et bien à gauche, c’est mieux.

Deuxième axe : la bataille idéologique et concrète contre le capitalisme prédateur qui a besoin d’autoritarisme, d’humiliation, de concurrence entre les êtres humains pour dominer. C’est une bataille pour redonner espoir dans un projet politique émancipateur qui travaille une prise de pouvoir par le bas — par des groupes autogérés, par la relance de comités locaux de Front populaire, par l’expérience de luttes communes — pour faire en sorte que si la gauche gagne, nous ne reproduisions pas l’erreur d’une pensée étatiste qui trahit rapidement, et si nous perdons les présidentielles, que nous créions les conditions de la résistance et de la contre-offensive politique.

Bref, tout cela est plus facile à dire qu’à faire, mais nous devons le faire — et dans ce climat anxiogène, je termine par une remarque : nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise.