Communisme, visée historique et actualité

2^(e) version Communisme, visée historique et actualité.

Marx ouvre, sur le plan intellectuel le début d’un âge qui durera jusqu’à la disparition de la société politique et à l’avènement de la société « réglée ». C’est dire qu’elle trouve ses propres règles : l’individuation, les différences, les libertés sexuées, culturelles et ethniques ne seraient plus contradictoires à d’autres.

Tout être humain est ce qu’il aspire à faire et fait … Les formes et normes des rapports sociaux, institutions et garanties sociales seraient ainsi la musique de cette liberté. Un but du communisme à l’opposé de la discipline étatique, la dilution de la « valeur économique » par « le règne de la liberté ».

Vouloir atteindre ce but se traduit comment, au quotidien ?

Répondons aux doutes. Affrontons les faits connus, les révolutions antérieures. Par exemple, il faut bien constater qu’un « Thermidor soviétique » a eu lieu de 1924 à 1930. Un régime contradictoire, s’est proclamé dictature du prolétariat alors qu’il s’est agi d’une variante de « despotisme », qui reste à analyser. La formule polémique opposant la dictature du prolétariat à la dictature de la bourgeoisie est une défroque passée.

Des socialistes se réclamant de Marx ont pu présenter comme évidente une vision évolutionniste de l’histoire, la succession des « modes de production ». Les événements depuis le début du 20^(e) siècle y ont apporté un démenti. De deux aspects au moins. La participation d’une partie des socialistes à l’organisation de la boucherie de 1914-18 a convaincu une partie de la bourgeoisie de la possibilité de faire confiance à une partie des porte-paroles du mouvement ouvrier : réalisme de classe ! On voit les conséquences pour proposer et faire avancer des « réformes démocratiques » … Le second aspect se joue dans les actes des vainqueurs d’Octobre 17 : après l’échec de deux révolutions en Allemagne (1919 et 1923), ils se présentent comme une vitrine, pour se consolider mondialement.

Notre interrogation se resserre. Comment les communistes assument-ils l’exercice du pouvoir en Russie, officiellement Fédération, vite devenue une Union doublement centralisée : par les institutions et par la discipline interne du Parti Communiste et de la 3^(e) Internationale.

Pour qu’une présentation de la visée commune, de nos buts, ne soit pas sans dynamique réelle, nous ne devons pas faire comme si les « défauts bureaucratiques staliniens » étaient « des scories », des défauts secondaires à corriger. En 1926, les agents de Staline firent tuer des communistes chinois devenus une gêne pour leur alliance avec les nationalistes. En 1928, Le programme du Parti communiste hongrois avançait un processus révolutionnaire au travers de droits collectifs et fut condamné par la même direction pour déviationnisme bourgeois. Lukacs, accusé à cette occasion défendit la formule de Lénine : « il n’y a pas une muraille de Chine entre les réformes bourgeoises et la révolution du prolétariat… ». Le POUM espagnol, créé par d’anciens membres de la direction de la 3^(e) Internationale, fut attaqué - même militairement -, parce que leur ligne gênait la recherche d’alliances plus modérées de la part des dirigeants d’un Parti stalinisé. « L’URSS les soutenaient comme la corde soutient un pendu », ont-ils dit.

Il faudrait donc analyser de près un régime contradictoire : des bureaucrates veillent à avoir des dirigeants, qui les surveillent étroitement, avec pour horizon les intérêts diplomatiques, et bientôt commerciaux d’une couche sociale dirigeante d’un Etat… Travail d’historiens, qui serait bien utile afin de ne pas se laisser berner par de faux récits. Toutefois, l’essentiel est de reconnaître que le combat contre la bureaucratie ne respectera aucun mensonge convenu.

Nous avons trop longtemps vécu sous l’influence des images de « l’Octobre rouge » sous forme d’illustrations suscitées par des chefs de la bureaucratie thermidorienne se montrant comme des héros. Pour une analogie française : les gagnants du « thermidor » firent de Bonaparte le Premier Consul puis par deux plébiscites « Consul à vie », (1802) puis Empereur héréditaire (1804) ; les bonapartistes avaient garanti, aux paysans et artisans, pour l’essentiel, de ne pas revenir sur les appropriations et les ventes de terres et de Biens de la noblesse et de l’Eglise…

Pour la visée communiste, historiquement, le « soviétisme » réel a été une sorte de grossissement caricatural des traits fondamentaux du capitalisme. Une organisation politique unissant les grands « secteurs » de la lutte pour une visée communiste n’a pas existée. La logique des « deux blocs », malgré des soutiens tactiques de l’URSS, a formé « les deux piliers de l’ordre bourgeois ». Même la socialisation possible des mutations techniques et informatiques n’ont pas été mises en valeur comme des réalités à transformer en éléments de libération par un pouvoir du monde du travail.

La liste serait longue … La semaine de 15 heures devrait être l’horizon proche, depuis au moins la crise de 1929. Parce que « les travailleurs/leuses ne veulent pas perdre leur vie à la gagner » : la libre activité hors du temps contraint serait un enrichissement pour la société tout entière. Qu’un songe seulement aux nuisances évitées, aux découvertes liées au droit à la reprise d’études, pour toutes et tous, tout au long de la vie ! Et aux aménagements des activités afin de ne pas subir la détérioration de la nature.

Comment avancer ?

Un repère devait être une référence constante : après la guerre de 39-45, la définition de la démocratie tout à la fois sociale et politique. Quel que soit le pays, Des institutions internationales peuvent fixer des règles et des moyens de veille qui contestent des situations de domination, des risques de guerre. Cette scène internationale a parfois servi fortement (fin de la guerre d’Algérie…). Mais la bourgeoisie refuse aujourd’hui ces possibilités. Cela se voit avec les guerres en Palestine et en Ukraine, dans beaucoup d’autres pays, Soudan, etc… Mais aussi avec la quasi-absence des effets décidés par les COP climat comme écologie…

Sur le plan des relations de travail, créé en 1941, une Organisation Internationale de Travail montre comment des travailleurs peuvent promouvoir des exigences malgré les différences d’histoire, de développement, des rapports économiques et des Etats inégalement hiérarchisés. Mêmes enjeux pour la santé, l’éducation, l’ensemble des droits humains.

Une question de méthode.

Marquées par des effets des luttes de classe, des démocraties comportent des acquis sociaux résultats des luttes, Une lucidité s’impose, souvent absente : il y a des sortes de « déjà-là », fortement remis en cause : autant de preuves que le système peut laisser place à une tout autre société.

Toutefois, la simple défense des « avancées sociales » ouvre la voie à des contre-révolutions passives, la classe dirigeante s’unissant pour imposer des reculs historiques. Depuis les années 1968, en plusieurs phases, la bourgeoisie a imposé ses règles et le système capitaliste globalisé lui permet de jouer les divisions et les remises en cause des droits en profitant des différences et des concurrences. Elle enfonce de grandes parties des populations dans la misère et de graves risques naturels.

Le fil conducteur des luttes de classe a été rendu inaudible. Une visée communiste est nécessaire pour réaffirmer dans des pratiques de masse et dans de nouveaux rapports sociaux que le travail peut devenir, en l’état des moyens de production, autre chose qu’un moyen de survivre plus ou moins bien, un besoin vital d’activité. Le moyen pour toutes et tous de passer à une société qui dépasse l’horizon borné du droit bourgeois.

Pour une visée communiste, dans ce monde du 21^(e) siècle, il nous manque vraiment une force politique, dans la dynamique de l’altermondialisme : incluant les solidarités internationalistes, tout en construisant des solidarités et des réponses communes.