Techno - productivisme, étatisme, étapisme, c’est ainsi que je qualifierai la proposition de base commune, un communisme de conquêtes (lien ci-dessous), adoptée par le Conseil national du PCF dans le cadre de la préparation de son 40ème congrès (3-5 juillet). Je n’interviens pas ici en tant qu’adhérent de ce parti dont j’ai été membre pendant soixante ans et auquel j’ai cessé d’adhérer en 2024. Je le fais, parce que je considère que la visée communiste est une question centrale, et que ce texte d’orientation est présenté justement comme « un texte de visée communiste » et de « dépassement du capitalisme ». Je m’en tiendrai donc à ce qui se réfère à ces questions.
Dans ce texte, il est fait référence, à plusieurs reprises, de la « désindustralisation », considérée comme « étant au cœur de la crise française ». Cette prééminence est singulièrement réductrice, au regard de la crise systémique du capitalisme, dans ses dimensions économiques, sociales, environnementales et culturelles. En d’autres termes, il s’agit d’une crise anthroponomique et civilisationnelle qui aurait dû être traitée comme telle dans ce texte. Ce n’est pas le cas.
LE TRAVAIL, MAIS, DÉSALIÉNÉ
Cette insistance sur la désindustrialisation explique, pour une part, que le PCF se revendique comme le « parti du travail », le travail «étant qualifié de « premier besoin vital ». Mais le travail, au sens marxiste du terme, est beaucoup plus qu’un besoin, c’est l’essence même de l’être humain. C’est ce qui le distingue de l’animal non humain. Seulement, le travail s’exerce dans le cadre d’un mode de production précis, et le notre, c’est le capitalisme. De sorte, que le travail est aliéné. En conséquence, échappent aux travailleuses et travailleurs, le fruit et le sens de leur travail. Si le PCF devait être le parti du travail, encore faudrait-il qu’il affirme se battre pour désaliéner le travail, et qu’en conséquence de quoi, il serait le parti du « travail désaliéné ». Un mot encore. L’aliénation du travail va bien au-delà de ce que le texte formule : « l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ».
Le travail désaliéné est un objectif fondateur d’une visée communiste. Cette visée doit être comprise comme, tout à la fois, le processus de lutte de classe, dans la rue et dans les urnes, pour abolir le capitalisme, et l’objectif d’une société débarrassée de toutes formes de domination – exploitation - aliénation. La visée communiste, en tant que voie de la transformation sociale, ne peut répondre à un calendrier préétabli, ni anticiper les avancées et les reculs, ni prévoir la nature exacte des conquêtes sociales et de leur succession. De même, la visée communiste, en tant que but à atteindre, ne peut définir à l’avance les contours précis, encore moins programmatiques, d’une société alternative au capitalisme.
LE RETOUR DU SOCIALISME AUX COULEURS DE LA FRANCE
Au lieu de quoi, le texte « Un communisme de conquêtes » prône« une perspective révolutionnaire : le socialisme », nomme « socialisme, cette rupture avec le capitalisme jusqu’à son dépassement ». et précise qu’il « s’agit d’une société de transition ». C’est l’étape de transition entre le capitalisme et le communisme. Le terme d’étape n’est pas utilisé, mais il s’agit bien de cela, d’abord le socialisme puis le communisme. .Le rôle de cette étape est précisé. Elle est « marquée par la coexistence et la confrontation entre des logiques héritées du capitalisme et des formes nouvelles de production, de propriété et de pouvoir appelées à se développer ». « le socialisme s’inscrit dans les contradictions du capitalisme contemporain ». C’est le retour au débat du « socialisme aux couleurs de la France », qui s’était déroulé dans le PCF à la fin des années 70, début des années 80 . Il avait duré à bas bruit, quelque temps encore, puis avait été tranché pour ne retenir que le concept authentiquement marxien du communisme en tant que processus et but. Quelle dérision que ce texte reprenne cette antienne du « socialisme aux couleurs de la France » qui fit les beaux jours du 24ème congrès du PCF de février 1982.
CETTE SOCIÉTÉ DE TRANSITION, QUEL EN EST LE CONTENU ?
Je reproduis les passages les plus significatifs du texte : « maîtrise publique et démocratique des moyens de production, du crédit, de la création monétaire », « mettre les biens communs sous contrôle public », «extension de l’appropriation publique des moyens de productions, des nationalisations démocratiques ciblées, le développement du pôle public bancaire et financier, « un nouvel essor des forces productives appuyé par la révolution informationnelle », « l’argent public versé aux entreprises doit être conditionné et contrôlé dans des commissions réunissant travailleuses et travailleurs, élus locaux et parlementaires. « maîtrise publique et démocratique du crédit, de l’investissement et de la création monétaire, « extension du pôle public bancaire permettra de garantir l’accès à l’argent pour financer le renouveau industriel, « service public national de l’énergie, efficace et démocratisé. dans la décision et la gestion, les salariés, les usagers comme les collectivités locales seront associés, « doublement de la production d’électricité d’ici 2050 », « les sauts technologiques numériques ouvrent de nouveaux possibles pour la promotion d’une société des communs émancipatrice avec une cyber-révolution informationnelle »
Deux caractéristiques ressortent de ces formulations 1- la propriété sociale est réduite à n’être qu’une propriété publique, placée, par conséquence, sous administration étatique. Certes, il est question d’une gestion collective, de nouveaux droits des salarié.es, mais, on concède qu’ils doivent être « associés ». Rien d’étonnant que les hypothèses d’auto-administration et d’autogestion ne soient pas évoquées. 2- La technologie informationnelle est massivement sollicitée pour sortir de la crise. A quoi s’ajoute des objectifs productifs démesurés, tel que le doublement de la production d’électricité d’ici 2050 . On en trouve la référence dans un document du PCF publié à la fin de l’année 2023 : « Empreinte 2050, plan climat pour la France ». ce document, dont il est fait référence dans le texte, est un modèle de techno-productivisme, qui vise à la neutralité carbone d’ici 2050, objectif qui exige des mesures massives et considérables que, même un « socialisme aux couleurs de la France », serait bien en peine de mobiliser. Tout cela est volontariste, voire démagogique.
C’est d’autant plus démagogique, que tout cela est envisagé dans une société où coexistent deux logiques antagoniques. On imagine, même si ce n’est pas dit, que la gauche est au pouvoir et qu’elle maîtrise les institutions étatiques. Dans ce contexte politique, les secteurs économiques vont relever, pour partie, de la propriété étatique, et pour une autre, de la propriété capitaliste. Ce n’est pas très précis, mais la preuve en est, qu’il est stipulé que « l’argent public versé aux entreprises doit être conditionné et contrôlé dans des commissions ».
En tout état de cause, c’est l’État qui crée, gère, et contrôle. C’est donc en toute logique, qu’aucune référence ne soit faite aux expérimentations, certaines à grande échelle, qui ne relèvent pas de l’État et dépendent de structures collectives, associatives ou mutualistes : celle de l’économie sociale et solidaire (ESC), avec, entre autres, les SCOP et les SCIP, celles de l’économie coopérative (EC), avec, entre autres, les AMAP et les Fablabs. On pourrait encore citer les expérimentations mises en œuvre dans des ZAD, dont celle exemplaire de Notre-Dame-Des- Landes.
L’UNIVERSALISME À TOUTES LES SAUCES
Je ne voudrai pas terminer sans faire référence à une terminologie qui revient à plusieurs reprises dans ce texte. C’est celle de l’universalisme. C’est un sujet en soi, tant ce terme fait l’objet de discussions contradictoire et savantes. Dans le texte on trouve : « Universalité des droits humains », « Révolution féministe universaliste », « L’antiracisme des communistes est universaliste », « La bataille universaliste pour l’égalité territoriale et l’effectivité des droits ». Le texte ne donne pas la raison de ce rajout systématique. On ne peut qu’en interpréter le sens, qui pourrait être que ces différents combats font l’objet de motivations différentes, voire divergentes, et que seules celles du PCF sont justifiées.
https://congres2026.pcf.fr/les_textes_soumis_aux_communistes