Visée Communiste- tentative de définition personnelle. Juin 2O25. « La révolution commence par soi-même » disait ma grand-mère. J’en souriais, j’y décelais une pointe de moralisation. Puis je me suis très tôt heurtée à la minoration des propos des femmes, au sein même du PCF. De plus et par ailleurs, mes origines (juive et antillaise) me tenaient souvent à l’écart des sentiers battus d’une « culture » majoritaire consensuelle parmi mes ami.e.s et connaissances mais aussi au sein du PCF. Au fil du temps et des expériences, je compris mieux la sentence : 1/ elle fait appel à la place de l’individu comme être social 2/ elle pose la « révolution » en terme de processus, au plan personnel et collectif en interaction. Cela nécessite des luttes concrètes et des capacités critiques que chacun.e peut porter sur soi-même, son environnement, la société dans laquelle iel vit. . Une visée communiste serait de porter la contradiction à l’imprégnation marchande et à tout comportement, image, propos irrigués par les idées dominantes. Ce serait refuser les choix binaires, les retournements du langage imposés par les injonctions politiques et médiatiques. Corrélativement c’est s’opposer aux structures mentales profondément inscrites en chacun.e. Je veux dire une nécessité de vigilance à l’égard des mécanismes mus par un inconscient culturel. Aujourd’hui, l’industrie culturelle marchandise et colonise nos imaginaires. Une visée communiste c’est de prendre le chemin du commun à construire collectivement. Viser le partage du pouvoir de décisions en toutes circonstances sur les lieux de travail,dans les associations, les syndicats,les partis, dans toutes les institutions de « gouvernement » à tous les niveaux. Viser l’autogestion du travail, de son sens, de l’outil et de la production, des services publics et des institutions sociales (caisses de solidarité, assurances sociales, vieillesses et chômage…) Toute délégation de pouvoir par élection ou tirage au sort (à choisir selon les situations et les instances), ne ferait pas l’objet d’actes de candidature mais de désignation par les citoyens et serait provisoire et révocable. En effet, tout pouvoir donne des privilèges. Une visée communiste, ce sont des formes de démocratie toujours requestionnées à l’aune des changements objectifs. C’est viser à toujours plus d’égalité entre les humain.e.s et les peuples, sans laquelle il n’y a pas de justice et donc pas de paix. Ce serait l’aventure de la coexistence des singularités et de la communauté : « une universalité singulière » et partagée, une égalité en droit des différences, du différend et des spécificités, une « égaliberté », l’aventure de la confrontation comme moteur de démocratie. (citations de Balibar). Ce serait la coopération et la « Relation »(…) « qui relie, relaie et relate », qui permet d’« être soimême sans se fermer à l’autre et de s’ouvrir à l’autre sans se perdre soi-même » (citations de Glissant). Ce serait la fin du « Grand Récit » (Chamoiseau) impérialiste dicté par les puissances occidentales pour justifier le colonialisme et les dominations des peuples mais aussi du « Grand Récit Émancipateur » universaliste qui se proclame immuable, valable en tout temps, en tout lieu quelles que soient les spécificités, les cultures, les histoires, les mémoires. Ce serait la prise en compte du divers, une diversalité solidaire. Ce serait l’abolition des états-nations et gagner pas à pas en humanisation.
Ce serait une autre façon d’habiter le monde ensemble en rapport avec la nature. Ce serait la réévaluation continue des besoins des humain.e.s en rapport avec leur environnement, la fin de l’extractivisme forcené sans rapport avec ces besoins. Ce serait une répartition équitable des ressources à l’échelle de la planète. Ce serait le retour aux productions locales dans des échanges égalitaires selon la géographie de ces ressources naturelles ; ce qui implique un combat acharné pour l’abolition des profits financiers, patrimoniaux, culturels et de toute forme de domination. Une visée communiste serait ce cheminement concerté et volontaire vers du commun tout en acceptant l’imprévu. Ce serait de redéfinir collectivement le chemin à suivre à chaque pas. Une visée communiste se pense au présent, au quotidien et ne se projette pas comme définitive. C’est un ouvrage « à remettre 100 fois sur le métier » (autre sentence grand-maternelle). Nos combats communistes ne consistent pas en une « lutte finale » mais en une « révolution permanente », un processus non linéaire qui requiert l’exercice de la pensée critique mais aussi l’invitation à l’invention et l’imaginaire (d’où la fonction existentielle de l’art), donc de croiser la raison et le sensible. Ce serait un combat pied à pied contre tout ce qui porte atteinte à la pensée critique, à l’émancipation. Cela exige une organisation politique qui sache - allier tous les combats porteurs d’émancipation potentielle, - relier tous ceux qui sont directement concernés par la prolétarisation, directement ou indirectement exploités et dominés, - relayer les travaux d’intellectuels et de scientifiques et tout autant les critiques populaires, - relater, raconter et faire imaginer. Une organisation politique capable de mener à la fois les combats concrets, pied à pied pour des conquêtes sociales, points d’appui pour de nouvelles conquêtes, et la réflexion sur les transformations de la société au fur et à mesure de ces combats. Dès aujourd’hui cela exige des militants communistes d’être avertis, attentifs, audacieux, soucieux des autres, convaincus qu’ils ne détiennent aucune vérité, mais seulement quelques outils déjà partagés entre eux…et à partager. Cela exige d’accepter la complexité des situations, des mouvements de la société, des contradictions, et de les analyser pour permettre des ajustements constants des luttes. Ce serait un renversement complet d’une manière de pensée orthodoxe et uniforme, qui est une tendance lourde, y compris au sein du PCF. Leïla Cukierman Juin 2025