1995, hier mais aussi aujourd'hui

1995 …

Pour mieux comprendre trente ans après

Pierre Cours-Salies 28 oct. 2025

Trente ans après la grande mobilisation de novembre – décembre 1995 est dans les mémoires. Un retour s’impose : est-ce de la nostalgie ? Un « succès » oublié ? Mais qu’est devenu le « Plan Juppé, que les manifestations rejetaient ?

En trois volets : Le premier décrit le fait lui-même, pour éviter des malentendus courants. Le second : marque les espoirs, le résultat politique, la loi votée, et des questions Le troisième : Idées à discuter : Après ce mouvement, des enjeux actuels.


La grève de 1995, il y a 30 ans, avait paralysé la France pendant trois semaines. Déjà, les grévistes manifestaient pour le retrait d’une réforme des retraites, celle proposée par Alain Juppé sous Jacques Chirac. C’est aussi une référence évidente et durable. En traiter un peu « à part » ferait oublier qu’une analyse plus « longue » serait nécessaire.

Rappel de quelques repères

Pour une partie des acteurs elle s’inscrit dans une série de repères, de 1950 à 1978 ou 81 et englobant Mai 68. Et les « années 68 », en France comme aux Etats-Unis, mondialement, appellent, avec le pouvoir de classe, du « libéralisme », un rappel des questions internationalistes (assez bien connues…) et aussi des percées écologistes[1] . Oubliés, les « deux blocs », et l’offensive de la bourgeoisie au travers des politiques militaristes et des gestions gouvernementales favorables aux multinationales ?

Comment la population adulte pense-t-elle, plus ou moins, à une période récente, de 1981 à 1995 ? Autant de questions lourdes qui incluent la chute finale de l’ex-URSS et un changement dans la globalisation mondiale du capitalisme… En rappelant comment les prémices de politiques écologistes sont revenues en boomerang avec les crises du climat et des modalités de production.

Plusieurs affrontements sont dans les souvenirs.

  • En 1983, a lieu la « Marche pour l’égalité et contre le racisme », dite « Marche des beurs ». Les crimes racistes s’étaient multipliés durant l’été (Vénissieux Marseille). D’octobre à décembre, elle demande en particulier le droit de vote pour les immigrés et la carte de séjour de dix ans.[2] Cent mille personnes manifestent à son arrivée. Elle éclaire les révoltes dans les banlieues en 2005 ; et de nouveau en juin 2023…

  • En décembre 1986, la Loi Devaquet, avait dû être abandonnée, par J. Chirac après d’immenses manifestations étudiantes et lycéennes contre la sélection à l’entrée à l’université. Marquées par la mort de Malik Oussekine,un étudiant, dans la répression.

  • Dans la foulée, la SNCF connaît l’un des mouvements les plus durs de son histoire, du 18 décembre 1986 au 15 janvier 1987. Des « coordinations » de cheminots, contre la réforme du statut, qui remplace la promotion à l’ancienneté par un système d’avancement au mérite [3]. Une unité de la CGT et de la CFDT soutient, ainsi que CFTC, CGT, FGAAC, FO. Des grèves ont lieu à l’EDF.

  • De mars à octobre 1988, pour protester contre des réformes impopulaires, la grève des infirmières françaises de l’automne 1988 a paralysé pendant sept mois une partie des hôpitaux et de nombreuses cliniques. Elles réagissent en particulier au décret élaboré en 1987 par la ministre de la Santé, ouvrant le concours d’État pour devenir infirmière à n’importe qui ayant été chômeur durant cinq ans sans qualification ni étude préalable.

Cette dévalorisation de leur profession est refusée et le 13 septembre, une coordination rassemble 500 délégués à Paris . Le ressort du refus des décisions ministérielles est avant tout professionnel, parmi des métiers peu syndiqués. Des participant·es expriment des motifs d’allure corporatistes. Mais les enjeux sont aussi plus généraux dans la santé. L’action en commun appelle des moyens pour décider et tenir des initiatives…

Une « coordination infirmière », dirigée non pas par des syndicats ou des associations professionnelles mais où étaient représentés tous les établissements en grève vote un programme de revendications réclamant des embauches, une hausse des salaires et l’égalité des statuts entre secteur privé et public. Lors de la grève et des manifestations du 29 septembre, 30 000 infirmières battent le pavé de Montparnasse au ministère de la Santé. Du jamais vu ! Des aides-soignantes, des kinés, sont aussi présent·es. Les syndicats sont en fin de cortège. 90 % de grévistes dont énormément d’assignées au travail. Des milliers de manifestantes aussi à Lyon, Caen, Lille, Marseille, Bordeaux…[4] Claude Évin, ministre de Rocard, refuse de discuter avec la coordination, finalement reçue par son directeur de cabinet.[5]

Ces « mouvements sociaux » n’empêchent pas nombre d’experts de dire que les grandes luttes de classe sont un « ancien objet historique ». Cette discussion est contestable[6]. Ils stimulent le zèle politique des artisans de « la modernisation », tel Edmond Maire : « La vieille mythologie selon laquelle l’action syndicale c’est la grève, cette mythologie a vécu. Le syndicalisme doit l’abandonner et désormais penser le syndicalisme avec les moyens d’action d’aujourd’hui », a déclaré le 28 octobre M. Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, au cours d’une conférence de presse. (Le Monde, 30 octobre 1985.) Opposés à cette option idéologique et politicienne, une « Opposition CFDT » se constituait ; elle inclura dans un cadre d’activités, jusqu’à 30% de la CFDT.

Novembre- décembre 1995, un malentendu à éviter

Introduction, présentation

Quelle analyse en avons-nous en mémoire ? Pouvons-nous retenir une « victoire » à l’issue de cette mobilisation de 1995 ? Avec, pour « effet différé », la défaite de Chirac aux législatives de 1997 ?

Ces questions ne sont pas anodines : un retour attentif sur « novembre-décembre 1995 » contribue à façonner notre compréhension de la structuration des rapports de classe. Il peut aussi faciliter l’analyse critique des représentations politiques qui ont produit le marasme actuel, quant aux buts à se fixer dans la (re-)mobilisation en cours, et spécialement au sujet de la Sécurité sociale. Des malentendus à éviter…

Une attitude politique courante est de dire que 1995 a été et reste une victoire : empêcher pour la première fois depuis 1983-84 l’offensive néolibérale naissante de suivre son cours.

Reprenons l’analyse : la satisfaction de voir un retour de mobilisations de masse interprofessionnelles semble avoir masqué le fait décisif : Juppé, encouragé à aller plus loin dans l’éradication « des conservatismes », avait reculé sur des points trop voyants, Mais le pire a été conservé et géré par les gouvernements de la gauche ensuite… Par exemple, une position de défense et renforcement qui restituerait à la Sécurité sociale sa place n’est plus spontanément comprise. Une grande confusion existe, y compris évidemment dans le programme (ou les ‘’mesures’’ ?) qui devraient regrouper une gauche d’émancipation. Juppé, aidé par Nicole Notat, voulait réduire la conscience de liens irremplaçables entre un cadre démocratique minimum commun et la socialisation d’une partie des richesses. Ils ont en partie réussi. Toutefois, reste présente une exigence simple « le travail n’est pas une marchandise », traduite en France par des institutions de Protection sociale qui devraient être gérées par des mandataires élu·es[7]. Cette contribution au débat, est donc une sorte de « fiche de travail ».

Reprenons les faits, pas à pas

Une référence peut nous sembler évidente ! Une nouvelle phase de mobilisation massive, toutefois, rend indispensable de redéfinir telle ou telle « date » utilisée : il faut se souvenir des « moins de 50 ou 45 ans » et des souvenirs réels…

La campagne présidentielle de 1995 avait vu deux candidats de droite (Chirac et Balladur) s’opposer[8]. Alors que Jacques Chirac s’est fait élire sur le thème de la réduction de la « fracture sociale », il explique aux Français quelques semaines plus tard qu’il doit renoncer à son programme ayant « sous-estimé l’ampleur des déficits ». Il annonce vouloir les réduire, et « qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Le plan Juppé, peu après ce changement de cap radical, provoque une levée de boucliers.

Résumons : durant tout l’été, le Plan Juppé avait été précisé. Il en ressortait très chargé en septembre !

Plan envisagé par le Premier Ministre Le plan du Premier ministre Alain Juppé contenait une série de mesures concernant aussi bien les retraites que l’assurance-maladie, et qui toutes allaient dans le sens d’une politique de rigueur. Le plan Juppé était axé sur quatre grandes mesures :

  • Un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique, mesure déjà décidée pour les travailleurs du secteur privé lors de la réforme Balladur des retraites de 1993 ;

  • L’établissement d’une loi annuelle de la Sécurité sociale qui fixe les objectifs de progression des dépenses maladies ;

  • Un accroissement des tarifs d’accès à l’hôpital et des restrictions sur les médicaments remboursables ;

  • Le blocage et l’imposition des allocations familiales versées aux familles, combiné avec l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs.

Dès sa présentation à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Alain Juppé, le plan de réforme se heurte à l’hostilité d’une partie de l’opinion publique. En revanche, la direction de la CFDT, ainsi qu’une partie du Parti socialiste (en particulier Claude Évin), soutiennent le plan. La grande majorité des médias de même.

Une journée de grève des fonctionnaires, le 10 octobre, est suivie massivement, avec des cortèges de manifestations dynamiques.

Le 30 octobre est publiée une déclaration commune sur l’avenir de la Sécurité sociale signée par la CGT, la CFDT, FO, la CGC, la CFTC, la FEN, la FSU et l’UNSA ; une telle convergence pour la première fois depuis 1967[9].

15 novembre : L’Assemblée nationale vote la confiance au gouvernement d’Alain Juppé pour son plan de réforme de la Sécurité sociale.

L’accord syndical de l’automne est enterré du fait du soutien de la direction de la CFDT au gouvernement[10]  Quatre jours plus tard, les secrétaires généraux de la CGT et de Force ouvrière défilent côte à côte pour la première fois depuis 1947. La CFDT de Nicole Notat est la seule grande centrale à soutenir l’essentiel du plan Juppé, malgré son rejet par une moitié des syndicats. Ce mouvement de grève va durer plus de trois semaines dans les transports, tandis qu’une série de journées de manifestations va accompagner les grèves : 14 nov., 24 nov. Après le grand succès de la Manifestation pour les droits des femmes (plus de 30.000 personnes), le 25 novembre, les syndicalistes cheminots expliquent être encouragés devant cette dynamique sociale, et pouvoir gagner, avec un appel confirmé (le 27 novembre) à la grève reconductible ; le 4 décembre les agents de France Télécoms en grève. 5 décembre, journée interprofessionnelle unitaire ; 12 décembre, nouvelle journée annoncée.

La CGT, SUD et FSU sont dans les carrés de tête. « Tous ensemble ! » est le slogan du mouvement. Les grévistes ont le soutien de l’opinion publique^(.) Six grandes manifestations touchent toutes les grandes villes.

Cette société-là, on n’en veut pas ! Et limites dans les actions

En première lecture, les mobilisations de l’automne 1995 sont une réponse revendicative aux annonces gouvernementales, sur fond de crainte de voir un accroissement des attaques après la victoire de Chirac[11]. Cette séquence de luttes a amené une discussion, les années suivantes[12], dont rendent compte des livres à rappeler : Nouvelles luttes de classes, notamment, issu d’un débat du Congrès Marx de 2003. Stéphane Rozès, alors directeur de l’Institut CSA Opinion, soulignait : « Une majorité de Français craignent de devenir eux-mêmes des exclus […]. Les salariés sont aux premières loges de cette représentation de la contingence sociale pour tous. À la « main invisible » du marché se substitue une « main imprévisible ».

Bien des difficultés à se mettre en grève traduisent l’évolution des entreprises (PME, sous-traitances) et des rapports sociaux dans celles-ci. Participer aux « journées » et aux manifestations, vu la paralysie générale à partir des transports, aidait à passer aux actes. Les participations élargies du 24 novembre au 12 décembre le manifestaient.

« Cette société-là, on n’en veut pas ».

Dès 1995, cette mobilisation se reconnaissait dans ce mot d’ordre. Toutefois, pas une organisation politique ne fit autre chose qu’exiger des « reculs » du gouvernement[13]. Quant aux directions syndicales, tout en structurant et développant les mouvements, quel but peuvent-elles se donner autre que le « retrait du Plan Juppé », dans ses deux volets, celui contre la Sécurité sociale, l’autre pour la destruction du statut des retraites de la SNCF et autres transports et services publics ? La succession de journées met bien en lumière les forces et la limite mise aux initiatives[14].

Une simple question tactique ?

Une tentative mérite d’être rappelée. Coordonnée, la gauche de la CFDT avait décidé de se concerter par des conférences téléphoniques, des Unions départementales, des Unions régionales et des fédérations, et quelques dizaines de groupes syndicalistes actifs locaux, cherchant des voies pour une victoire du mouvement. Il se cristallise, dans ces échanges, une idée pour déstabiliser Juppé qui avait déclaré : « si deux millions de personnes descendent dans la rue, mon gouvernement n’y survivra pas » (Sud-Ouest, 16 novembre). Proposer que le plus possible de manifestations dans les diverses régions décident de se terminer devant les Préfectures en exigeant « retrait du plan ou démission », une sorte de sit-in ; une réponse à un pari politique. Cela fait un accord important dans une trentaine de départements en plus de la Région parisienne.

Pour avoir une portée politique forte, il faudrait que les manifestations parisiennes, elles-mêmes, ne soient pas orientées du centre vers les lieux de dispersion (Cours de Vincennes, etc.) ; et qu’au contraire elles aillent vers la Concorde avec l’insolence de dire « Juppé compte nous ! ». Une délégation de cette CFDT est désignée pour en discuter avec la direction de la CGT (en congrès confédéral à Montreuil à partir du 3 décembre). Les échanges sont discrets pour ne pas être vus par des journalistes, mais positifs. Il faut attendre l’avis du secrétariat confédéral. Deux jours après, il est négatif. Et les représentants de la CGT ne cachent pas leur regret : « l’essentiel pour la CGT est de retrouver sa place à la table des négociations ». Un fait à analyser… Le 10 décembre, Alain Juppé annonce le report du contrat de plan de la SNCF, promet un « sommet social » qui discuterait au-delà de la Sécurité sociale de l’emploi des jeunes, de la réduction du temps de travail … La Journée nationale de mobilisation du 12 décembre est inégalée, baroud classique.

L’importance du mouvement de 1995 et ses contradictions

Ce projet a poussé « plus de 2 millions de personnes dans la rue » . La France est à l’arrêt pendant plusieurs semaines. Le gouvernement finit par reculer. Pour certains, des souvenirs de cette mobilisation sont encore tout frais.

Le dimanche 10 décembre 1995, invité sur France 2, Alain Juppé annonce ne plus vouloir toucher à l’âge de départ à la retraite des régimes spéciaux de retraite (SNCF, RATP, EDF).) ; il cède sur la plupart de ces revendications et propose aux organisations syndicales un " sommet social sur l’emploi ".

Sur la Sécurité sociale, en revanche, il poursuit. A peine les caméras s’éteignent-elles à la TV que le premier ministre s’engouffre dans sa voiture en direction de l’Assemblée nationale. Il engage la responsabilité de son gouvernement. Une loi, adoptée au 49,3, est aussitôt présentée et donne droit à légiférer par ordonnances. Ainsi, le projet principal de Juppé fût donc maintenu[15], alors qu’il corsetait et étatisait les pouvoirs de gestion de la Sécurité sociale par des lois annuelles de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS). Il amplifiait toutes les attaques précédentes après la création de la CSG afin d’alléger le coût des cotisations pour le patronat. Il met fin à trois jours de combat parlementaire de la gauche. Et le gouvernement maintient la loi, qui sera votée le 30 décembre 1995.

Ce recul est cependant un succès

L’abandon de dures mesures sociales de régression des droits à la retraite, une première depuis des années (1986, coordination des cheminots, 1989, coordination des infirmières). La dynamique d’une action sur trois à quatre semaines : elle a pu paralyser l’activité du pays du fait de la grève des transports et des solidarités avec les grévistes, plus que par le nombre de grèves dans les entreprises ; d’où l’expression de « grève par procuration ». Toutefois il est compté six fois plus de grèves que l’année précédente. Avec une précision : le nombre des jours de grève a été de 5 millions, dont environ 4 millions de jours de grève dans la Fonction publique et 1 million dans les secteurs privé et semi-public[16] . Le 12 décembre marque le point culminant du mouvement, avec deux millions de manifestants selon les syndicats. Le 15 décembre, le gouvernement retire sa réforme sur les retraites pour la fonction publique et les régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF), cette décision étant interprétée comme une victoire par les syndicats de salariés. Mais il refuse de céder sur la Sécurité sociale, dont le budget est depuis voté au Parlement (modification constitutionnelle historique par rapport à 1945). Le mouvement alors décroît. Un « sommet social » se tient à Matignon le 21 décembre, concluant un mois d’agitation sociale en France.

Quel est l’enjeu de la loi adoptée le 30 décembre 1995 ?

On peut en voir le détail en annexe. Les 10 et 11 février 1996, la CGT, la FSU et la CFDT manifestent pour affirmer l’unité syndicale à la suite du mouvement de 1995.

Pourquoi cet usage du 49,3 ? Le gouvernement était assuré d’une majorité : 57 députés du PS, 23 du PC ; et en face 257 RPR et 215 UDF auquel s’ajoutaient 23 députés (Jean Royer) ; soit 495 sur 577.

Ce choix vient d’une raison essentielle : cette loi autorisait le premier Ministre à procéder par ordonnances pour les réformes annoncées (voir annexe). Éviter de réveiller les capacités de mobilisations par des discussions qui montreraient le contenu des ordonnances… Celles-ci n’ont aucune obligation de délibération ni même de débat public, au-delà de l’information de l’Assemblée. Curieuse « victoire », pour les mémoires illusoires ! Cette loi en fin de 1995 consolide l’étatisation de la Sécurité sociale et la privatisation partielle de ses activités. Elle est, comme le montre Nicolas Da Silva, « l’aboutissement du processus de réappropriation du régime général par l’Etat (…) : l’Etat impose à la Sécurité sociale de financer par elle-même son retour à l’équilibre en empruntant sur les marchés financiers »[17] .

La simple lecture résumée de cette loi de décembre 1995 ne permet pas de doute ; le but essentiel de Juppé-Chirac était atteint.

La CSG créée par le gouvernement de Michel Rocard était reprise et amplifiée. Les pouvoirs autonomes des caisses locales gommés, pour un cadre de contrôle étatique sur toutes les dépenses de santé. Les élections des gestionnaires, - supprimées en 1967, rétablies en 1981, avaient eu lieu en 1983 -, sont supprimées en 1996 … Les soins coûteront plus chers aux patients, il faudra que les salarié·es paient une « dette sociale » qui relevait d’une mise à contribution plus forte des entreprises (cotisations sociales) et des revenus (fiscalité).

Les 10 et 11 février 1996, la CGT, la FSU et la CFDT manifestent pour affirmer l’unité syndicale à la suite du mouvement de 1995. Des manifestations unitaires pour la réduction du temps de travail ont lieu le 23 mai 1996… Depuis cette grève, on assiste selon la politiste Sophie Béroud à un « affaiblissement de la pratique gréviste », notamment dans les services publics « devenus moins combatifs » sous le coup de leurs mutations.


Annexe : Réformes menées

La loi du 30 décembre 1995 autorise le Gouvernement, à réformer la protection sociale par ordonnance  L’ordonnance du 24 janvier 1996 sur le remboursement de la dette sociale⁶ :

  • création de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et la Caisse d’amortissement de la dette sociale ;

  • l’ordonnance du 24 janvier 1996 relative aux mesures urgentes tendant au rétablissement de l’équilibre financier de la sécurité sociale⁷ :

  • les bases mensuelles de calcul des prestations familiales ne sont pas revalorisées en 1996 ;

  • l’ordonnance du 24 avril 1996 portant mesures relatives à l’organisation de la sécurité sociale⁸ ;

  • création des conventions d’objectifs et de gestion entre l’État et les caisses nationales :

  • modification de la composition des conseils d’administration des caisses et création de conseils de surveillance,

  • les conseils des caisses locales perdent le pouvoir de nommer leur directeur et leur agent comptable. Par ailleurs, ils perdent des pouvoirs au profit des directeurs dont les attributions sont élargies : désormais, ceux-ci proposent aux conseils d’administration la nomination de leurs collaborateurs directs, hormis l’agent comptable, ce qui signifie que les conseils ne gardent qu’un rôle formel. Dorénavant, le directeur décide des actions en justice et représente la caisse en justice et dans tous les actes de la vie civile⁹. La réforme renforce ainsi le pouvoir des acteurs administratifs (direction de la sécurité sociale, direction de la CNAMTS, Cour des comptes…) et des acteurs politiques (élus, parlementaires, ministre) au détriment des partenaires sociaux¹⁰.

  • création des unions régionales des caisses d’assurance maladie,

  • l’ordonnance du 24 avril 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins¹¹ :

  • création de la Conférence nationale de santé,

  • création de la carte Vitale ;

  • l’ordonnance du 24 avril 1996 portant réforme de l’hospitalisation publique et privée¹² :

  • création des agences régionales de l’hospitalisation qui conclut des contrats pluriannuels avec les établissements de santé publics et privés,

  • création d’une procédure d’accréditation par la nouvelle Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé,

  • création des groupements de coopération sanitaire.

Les loi de financement de la Sécurité sociale sont introduites par la loi constitutionnelle du 22 février 1996¹³ et la loi organique du 22 juillet 1996¹⁴. Ces lois permettent de faire le lien entre les objectifs des politiques sanitaires et sociales et les objectifs des dépenses de sécurité sociale. Le Parlement doit approuver les orientations de la politique de santé et de sécurité sociale avant d’approuver les objectifs qui déterminent les conditions générales de l’équilibre financier de la Sécurité sociale. Ensuite, il fixe l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie, pour l’ensemble des régimes. ____________________

QUELQUES QUESTIONS, POUR AVANCER

Certaines expressions d’une solidité douteuse empêchent l’analyse du mouvement de novembre-décembre 1995.

La dissolution de 1997, « effet différé » de novembre 1995 ?

Cette « évidence », consolatrice sans doute devant un résultat non voulu suppose que « l’ébranlement » de novembre- décembre 1995 tend à provoquer pour le Président Chirac la nécessité de dissoudre.

Un roman à dormir debout ! Nous devons rendre compte de cette « évidence ». La défaite de la droite en 1997 « serait donc un succès, l’effet différé » de la mobilisation de novembre-décembre 1995. Cela a été dit et appelle un examen. Jacques Chirac n’a pas décidé la dissolution devant un mécontentement et des mobilisations dans le pays, ni d’une fronde de sa majorité. C’est un choix totalement tactique : conforter son pouvoir, acquis aux législatives en 1993[18], « la droite restaurée », puis à la présidentielle de 1995 et préparer la prochaine. Un an avant l’élection législative de 1998, il veut s’assurer une majorité de député·es réélu·es, pour l’accompagner jusqu’en 2002 où il compte bien se présenter et gagner. Il dissout l’Assemblée pour la faire réélire : les effets de rejet devant le bilan du deuxième septennat de F. Mitterrand risquaient de s’estomper. Il craint qu’un budget d’austérité, prévu, lui fasse perdre les élections de 1998 ; alors, il ment, et annonce un projet de baisse des impôts. L’idée est de gagner lors d’élections législatives anticipées et, ensuite, de se lancer dans les mesures qui risquent d’être impopulaires. Il veut disposer de « sa » majorité pour cinq ans, de 1997 à 2002, pour être réélu. Et il perd ce pari[19] : les politiques sociales et économiques, la montée du chômage, les reculs de services publics ont usé sa base de popularité[20]. Le Front national, en faisant perdre à la droite une trentaine de circonscriptions, a fait l’autre partie du travail[21]. Rien ne dit que la droite aurait eu d’aussi mauvais résultats avec des législatives « de reconduction » soutenues par le Président Chirac en 1998. Lionel Jospin devient le dirigeant de l’alliance de « la gauche plurielle ». Ce qui produit la plus longue « cohabitation », avec un gouvernement de la « gauche plurielle », de 1997 à 2002. Sans développer sur cette nouvelle séquence, notons deux réflexions.

Une ironique, devant les calculs de Chirac en vue d’être réélu en 2002 : il l’a été, certes, mais pas du fait de sa gestion avec « sa majorité » comme il l’avait projeté[22]…

En revanche, une autre remarque plus lourde : la loi du 30 décembre 1995 n’a pas été remise en cause par le gouvernement présidé par Lionel Jospin. Pas de réaction critique dans le « gouvernement de la gauche plurielle ». Dans ce domaine il a seulement été ajouté, en 1999, la création de la Couverture maladie universelle (CMU)[23]. Mais, pour respecter la loi Juppé instaurant les lois de financement de la Sécurité sociale, la règle pour ce gouvernement sera l’ordonnance du 24 avril 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins. Priorité aux réductions des personnels de santé et refus des embauches qui auraient logiquement été nécessaires du fait de la loi pour les 35h… Qui s’est souvenu de la grève des infirmières ? Une décision de « continuité législative » qui évidemment appelle quelques lectures critiques : ne subissons-nous pas « l’effet » de l’effondrement de la gauche depuis le début des années 1990 ? Quant à la contre-réforme des retraites, elle a poursuivi son chemin, - effet continuité ! – en 2003 avec la « réforme Fillon »[24].

Une réaffirmation des buts du mouvement ouvrier.

Cette mobilisation de 1995 est vécue, politiquement, comme une réaffirmation des buts du mouvement ouvrier. Au sens strict, toutefois, les résultats sont, sur le fond, une défaite majeure avec l’adoption du Plan Juppé qui instaure des ‘’Les lois de financement de la Sécurité sociale’’ et l’étatisation accrue de la Sécurité sociale (voir annexe). Le dynamisme collectif a redonné du tonus aux équipes militantes. Sur ce plan, la notion d’’’effet différé’’ est bien fondée ! Dans le mouvement syndical et les associations de lutte, malgré les limites des résultats, une confiance collective plus grande s’affirme. Elle se traduit dans des effets contradictoires : l’écœurement de militants de la CFDT, assez vite, amène à des scissions et des créations de syndicats SUD, pour ne pas devoir dépendre d’une direction confédérale qu’il a fallu affronter durant le mouvement ; et parce que cette direction s’emploie à se débarrasser des gêneurs/euses. La campagne pour les droits des chômeurs se poursuit[25], elle amène à une expression très forte de la « CFDT TOUS ENSEMBLE ! »[26] qui se poursuivra sur la réduction du temps de travail en 1997 lors des débats pour la loi des 35h portée par Martine Aubry. Dans la CGT est amorcée, une démarche d’élaboration que Maryse Dumas[27], qui en fut une des animatrices, exprime par l’expression Démarchandiser le travail pour contrecarrer le capital. Un débat politique, sur le plan des buts historiques et des références stratégiques, se greffa dans le cours même du mouvement : publication dans la revue Esprit (fin novembre) de l’appel des intellectuels exprimant leur soutien aux positions de N. Notat ; publication dans Le Monde (15 décembre) de l’appel des intellectuels soutenant les grévistes. Des livres suivront[28]. Des associations comme ATTAC et Copernic trouvent un écho accru. Mais c’est une tout autre dimension : la confrontation idéologique, visant à comprendre les transformations du et dans le travail, délimiter un combat contre l’hégémonie du « capitalisme globalisé » avec ses politiques anti-sociales et anti démocratiques

Des expressions d’une solidité douteuse…

Certaines expressions fréquentes empêchent l’analyse du mouvement de novembre-décembre 1995, qu’il faut revisiter. Nous avons rendu compte de cette « évidence » qui tend à faire de la défaite de la droite en 1997 « l’effet différé » de la mobilisation de novembre-décembre 1995.

  • La « grève par procuration »,

Cette fameuse image d’un usage courant, a en fait jeté un voile sur ce qui demandait à être compris. En apparence, un fait massif y correspond : les grèves reconductibles dans les transports, notamment la SNCF, provoquaient un effet de paralysie de beaucoup d’activités ; et bien des manifestations étaient ainsi grossies de dizaines de milliers de personnes, en grève ou pas, venues marquer leur soutien, qui a progressé durant plus de trois semaines. Il faut cependant une analyse plus concrète : un double décrochage a lieu quant aux formes de l’action et pour les exigences exprimées. Il est visible mais négligé sur le moment.

La remise en cause des statuts de personnels qui ont gagné des aménagements de leurs situations de travail (SNCF et RATP notamment) est ressenti comme une menace pour toutes et tous ; cela se voit avec les 50% de fonctionnaires en grève le 20 octobre, et dans le dynamisme de ces manifestations. L’idée qu’il existe tout un plan sur l’avenir des droits à la Sécurité sociale et de restrictions pour la santé exprime un malaise, le refus par avance de la remise en cause des institutions de solidarité[29]. Les désaveux, qui ont fait la défaite électorale de la gauche en 1993, s’expriment à nouveau dans ces mobilisations, et ce n’est donc pas sans raison que le clivage éclate entre les intellectuels du « centre démocrate libéral-social »[30] opposés à tous les courants critiques.

  • La réaffirmation des luttes de classe

En même temps, après des années où le mouvement syndical apparaissait incapable d’autonomie revendicative à l’égard des gouvernements de gauche, la mobilisation populaire massive donne l’idée d’une reprise dynamique des luttes de classe.

Ainsi, une dizaine de jours avant les appels des intellectuels, une vingtaine d’enseignants-chercheurs de l’Université Paris 8, avec les traditions du lieu, entre deux Assemblées générales de tous les personnels avec les étudiant·es, écrivent un texte : pour marquer les rejets des mauvais coups sociaux et pour affirmer les objectifs d’actualité avec l’idée que le 20^(e) siècle allait enfin finir et ouvrit un nouvel avenir !

Toutefois, bien des syndicalistes expliquent comment eux-mêmes et leurs collègues de travail peuvent participer aux manifestations tout en travaillant dans leurs entreprises si la situation le permet ou l’appelle. Avec une donnée trop facilement passée sous silence, la situation effective des segments du salariat, si on les observe et écoute : la scie des crédits à payer, et les salaires toujours trop bas, le chômage, et l’insécurité dans l’emploi, la précarité … Une telle approximation, cependant, laisse croire à un simple « retour des luttes de classe ». Ce retour visible, comme il a été proclamé, est accompagné par une réalité trop peu discutée par le mouvement ouvrier à l’époque : la précarisation. Elle était pourtant très présente, dès qu’une discussion avait lieu[31]. Citons un jeune chauffeur-livreur : « les salariés du secteur public sont peut-être le dernier carré, ceux qui ont les moyens de ne pas se laisser faire. S’ils peuvent faire reculer le gouvernement ce sera bon pour tous les salariés (…) puisqu’ils ont commencé, qu’ils marquent un grand coup. Il faut faire sentir qu’on ne peut plus accepter ce système. (…) Cela ne peut faire que du bien, parce que les autres, les patrons, les ministres, tout ça, ils se croient tout permis ». Il ne s’agit en rien d’un « passager-clandestin » qui voudrait tirer profit de l’action collective sans s’engager lui-même. Le « tous ensemble » contre le « chacun pour soi »[32]. Loin de ce que Mancur Olson[33] pensait comme le modèle de l’action collective, ce jeune rencontré par hasard traduisait le rapport à reconstruire pour former une classe en action.

Pour ne pas retomber dans les aspects illusoires de la « grève par procuration » la dimension politique, culturelle, institutionnelle ne peut être éludée.

Depuis, les batailles politiques autour du chômage ont fait apparaître nettement l’éclatement voulu et géré par l’Etat. Abracadabra ! Jouez du nominalisme et en mettant d’autres mots, des « catégories », vous n’aurez plus que du chômage « résiduel », avec un assistanat à peu de prix pour des malades ou des « bénéficiaires » du RSA [34]. Morceler les « porteurs de travail » constante du système, on le sait bien : il y a entre 9,4 millions et 10,4 millions de personnes qui sont dans une situation de chômage et de précarité. De façon structurelle : sur 10 ans, 29% des allocataires du chômage n’ont jamais connu de contrats de plus de 10 mois. Sans construire une réelle possibilité sociale, un but de mobilisation autour de droits établissant une unité des salarié·es, comment serait-il possible de dépasser la division de fait, produite par les résultats des politiques patronales ? Les options de la bourgeoisie pour remodeler le salariat en diverses catégories et situations morcelées ont été poursuivies avec constance, en fait, depuis les années 1970.

Cette situation d’un développement des formes de précarisation date des calculs historiques et de l’initiative politique de la Trilatérale [35]. Elle s’affirme comme norme monétariste et de libre spéculation internationalisée, avec des variations, à partir de 1990 et de la « globalisation capitaliste » facilitée par l’ultime fin de l’URSS. Elle permet de recenser environ 50% du salariat fragilisé. Elle pesait déjà très lourd en 1995 tout à côté de la définition du chômage[36]. Comment unifier sur des buts ?

Cette contradiction dans la mobilisation aurait pu – et dû ? - stimuler une élaboration de réponses à apporter pour mobiliser vraiment autour des objectifs compris et revendiqués en commun : encouragement pour les activités communes entre mouvements sociaux, forces politiques de gauche, alternatives écologiques et altermondialistes.

Hier mais aussi aujourd’hui

Des « rapports de force » et des enjeux plus importants. Même avec des succès partiels, la question est celle des objectifs réellement poursuivis…

  • Force et limites du « Juppéton » …

Alain Juppé avait mis une barre haute, pour montrer ses qualités de chef : « si 2 millions de personnes sont mobilisées, je verrais » …. Il pensait qu’elle ne serait par franchie. Orchestré par les manifestations, ce fut « le Juppéton ». Objectif atteint et dépassé ; mais la loi n’est pas retirée.

Où était donc l’enjeu décisif ? Obtenir des « reculs » sur des mesures gouvernementales ou rejeter « le plan Juppé » ?

Du fait de la morgue ironique d’Alain Juppé lui-même, au fil des manifestations, une question a été discutée afin de renforcer les mobilisations : forme et buts à donner à celles-ci.

Ici, il faut comprendre les échanges entre la CGT et la « gauche de la CFDT »[37]. Celle-ci développait la mobilisation en désavouant la direction confédérale. Elle sortait forte de ses scores au congrès confédéral tenu en mai, Cette commune expérience avait multiplié les contacts téléphoniques entre plus d’une trentaine d’unions départementales, deux unions régionales, des fédérations et de multiples syndicats. D’où le besoin, dès le soutien apporté au Plan Juppé par Nicole Notat (Secrétaire générale), d’avoir une sorte de secrétariat assurant les liaisons entre syndicalistes pour s’informer, discuter des suites. Une conséquence : le constat assez rapide que la succession des manifestations finirait par user à l’approche de Noël. Une idée fût donc formulée : puisque Juppé « mesure » le désaveu, faisons une sorte de sit-in… Ce projet tactique faisait un accord dans bien assez de départements.

Une rencontre avec la CGT fût organisée. Cette délégation du Bureau confédéral CGT, intéressé par cette idée d’une porte de sortie forte, s’est traduit ,après le temps de la discussion de la direction, par une conclusion : la CGT ne ferait pas ce qui était proposé, parce que, au vu des années passées, l’essentiel pour elle était de retrouver une table de négociations et faire valoir les revendications.

Il aurait sans doute été possible d’exiger le retrait de ce Plan Juppé, malgré le soutien apporté par la direction Notat de la CFDT à la politique gouvernementale. Mais, soulignons-le : rejeter le Plan Juppé aurait aussi remis en cause toutes les dérives contre la Sécurité sociale, celles des gouvernements de droite et celles du PS de Mitterrand depuis son ralliement au « monétarisme ». Relisant ce résumé, un scrupule tout de même : il est en grande partie vrai que le décalage entre les propositions de la gauche de la CFDT et les réponses de la direction CGT avaient une base matérielle. Combien de salarié·es soutenaient la grève sans avoir les moyens de la faire ! Du côté des forces de la CFDT, l’opposition à la direction confédérale était largement unifiée avec une stimulation de plus pour rejeter l’option de la direction confédérale.

Aucune force, politiquement, ne structurait une argumentation de défense du principe de la cotisation, partage, socialisation partielle et gestion de la richesse produite…

Nous étions devant un Plan Juppé d’une réforme, reprise et systématisé, technocratique de celle faite par les gouvernements de gauche, vers plus de « libéralisme » … Et le mot d’ordre implicite du mouvement dépassait les revendications catégorielles en prônant la défense du service public et des avantages acquis contre la dérégulation du capitalisme financier.

Du côté de la CGT se posait, en outre, les questions de tactique à l’égard des gouvernements de gauche depuis 1981. Pour tous les militants syndicaux les « restructurations » (licenciements et fermetures…) et les contournements des statuts des salarié·es - demandés et obtenus par les patronats -, avaient produit un vrai affaiblissement. Les forces en mouvement en novembre 1995 ne répondaient que très partiellement à cette situation !

Ces faits ont été bien résumés résumé par Maryse Dumas[38]. De même, malgré le dynamisme dans la création de l’association Agir ensemble contre le chômage et d’autres « mouvements sociaux »[39], la faible participation numérique à ces activités souligne les difficultés à faire s’exprimer, massivement, des actions collectives nombreuses au-delà des sentiments de solidarités.

  • Des débats d’orientation murissent

Ce parcours du mouvement de fin 1995 met en évidence une question qui appelle une contribution en complément de celle-ci !

Comment expliquer l’écart entre des publications sur les questions du travail et la faible prise en charge par des débats d’orientation et par les mouvements revendicatifs ?

Sans vouloir en recenser un trop grand nombre, on peut s’étonner que ces réflexions paraissent comme dans un autre monde que celui des débats politiques et syndicaux d’où, en annexe, une « note » : Recherches et actions collectives.

Cette impression de deux couloirs parallèles alerte. Activités parlementaires, syndicales, associatives, et analyses sociologiques, historiques ne sont pas « hors champ » sans que cela interroge.

L’écart entre l’actualité sociale effective et une perspective de remise en cause globale, « Cette société-là, on n’en veut pas ! », exprime un ensemble de souffrances, plus ou moins invisibilisées.

Nous avons vécu nov-déc 1995 dans une sorte d’entre deux : déceptions, mobilisations, espoirs, dont un nombre plus ou moins grand se saisit.

L’affirmation des extrêmes-droites, absentes en 1995, n’a pas inversé la situation, comme l’a montré la forte participation aux législatives de 2024.

Au travers de combien de vicissitudes, la possibilité de faire émerger un nouvel avenir et d’y participer n’a pas disparu ! Une force qui avait provoqué les « Nuit debout » en 2016, en lien avec les mobilisations contre la Loi Travail du gouvernement Hollande … En soutien, souvent, aux Gilets Jaunes, en 2019.

L’idée d’une sorte de Front populaire démocratique reste présente et porte en écho les espoirs des derniers mois de 1995. Des inquiétudes et des aspirations sont présentes dans les expressions d’un monde que beaucoup craignent de voir se perdre ; il fut affirmé dès 1943 : le travail n’est pas une marchandise ; la liberté d’expression et d’association est une condition indispensable d’un progrès soutenu ; la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous…

Et les années 2023 et 2025 en ont souligné la nécessité, qui peut porter pour une cohésion de classe, un engagement : Construisons une sécurité sociale du XXIe siècle[40]


NOTE : Recherches et actions collectives.

Contentons-nous de quelques titres et de quelques auteurs, de 1995 à 2006 : Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Nicolas Hatzfeld, Gérard Noiriel, Pierre Bourdieu, et beaucoup d’autres… Ce fait devrait prendre une place assez ample, surtout actuellement, une analyse développée qui complèterait cette contribution-ci ; afin de montrer ce qui était discuté, connu, dès ces années, et qui, pour la plupart n’a eu qu’une place restreinte dans les discussions politiques ou syndicales.

Son importance doit être aussi évaluée en comparaison de ce qui a marqué, négativement, le mouvement de fin 1995 : une conscience de classe troublée et un affaissement des réflexions stratégiques.

Mais une grande richesse d’études, de propositions de chercheurs et de groupes militants.

Pour compléter, citons là quelques titres, collectifs souvent, qui n’ont pas trouvé un espace de discussion dans des milieux militants[41].

Cette interrogation, fortement exprimée depuis 2020 par Thomas Coutrot, Alexis Cukier et Julien Lusson, animateurs des ‘’Ateliers travail et démocratie’[42]’, trouvera-t-elle plus facilement à cristalliser une réflexion sur ce qui change dans les relations de travail et dans les relations de classe ? Elle parcourt les dossiers et articles de la revue Les Mondes du Travail, de 2006 à 2024. Elle est présente, à l’échelle européenne, avec le travail de Laurent Vogel, dont il faut citer L’outil du droit communautaire dans les luttes pour la santé au travail en Europe[43].

Son importance doit être aussi évaluée en comparaison de ce qui a marqué, négativement, le mouvement de fin 1995 : une conscience de classe troublée et un affaissement des réflexions stratégiques. Mais une grande richesse d’études, de propositions de chercheurs et de groupes militants. Et d’institutions comme l’Organisation internationale du travail (OIT)[44]…

[1] - Citons au moins pour la France André Gorz, Stratégie ouvrière et néo-capitalisme, éd. Seuil, 1964

Aux USA, Murray Bookchin, Écologie et pensée révolutionnaire (1964), On peut retrouver de nombreux textes traduits en français sur www.ecologiesociale.ch

[2] - https://www.histoire-immigration.fr/integration-et-xenophobie/1983-la-marche-pour-l-egalite-des-droits-et-contre-le-racisme

https://www.france-terre-asile.org/images/stories/images/marche-des-beurs.pdf

[3] - Maurice Najman, « Les grandes grèves dans les transports [archive] », Monde-diplomatique. février 1987 .

Retour sur la grève des cheminots de l’hiver 1986/1987 par HAIS Jacques, MAHIEUX Christian,

Europe Solidaire Sans Frontières https://www.europe-solidaire.org › spip › article51564 15 déc. 2019 —

[4] - Les infirmières et leur coordination, 1988-1989, sous la dir. de Danièle Kergoat avec la coll. de Françoise Imbert, Hélène Le Doaré et Danièle Senotier. Paris, Ed. Lamarre, 1992 Les Cahiers du Genre  Année 1993

Pascal Dias, responsable CFDT dans cette grève et exclu par la direction de la CFDT : La tornade blanche, https://syndicollectif.fr/la-tornade-blanche-1988-la-lutte-des-infirmieres/

[5] - Pour diminuer la place des cotisations de Sécurité sociale, le gouvernement crée la CSG (Contribution sociale généralisée en octobre 1990. Cette mesure est contestée https://fresques.ina.fr/securite-sociale/fiche-media/Secuso00044/la-creation-de-la-csg.html

[6] - L’unité syndicale en France, coord . Pierre Cours-Salies et René Mouriaux, éd. Syllepse, 1996.

[7] - Complémentaire de l’action d’Ambroise Croizat, ministre, la mise en place des Caisses primaires sous l’impulsion de la CGT doit être rappelée. Une brochure de 88 pages, d’Henri Raynaud a été rééditée, aux Editions Syndicalistes, en 2016, avec une Préface de Bernard Friot : « La défense de la Sécurité Sociale » ; rapport en 1947 du secrétaire de la CGT.

[8] - Premier tour de la présidentielle de 1995 : suffrages exprimés : 76,20%

Jospin 23% (7 097 786 v) ; Chirac 20,84% (6 348375v) ; Balladur 18,58% (5 658796v) ; Le Pen 15% (4 570838v) ; Hue 8,64% (2 632460v) ; Laguiller 5,30 ; De Villiers 4,74% ; Voynet 3,22 % ; Cheminade 0,28%

Deuxième tour : suffrages exprimés : 74,90 % Chirac 52,60 % Jospin : 47,40%

[9] - Dans le préambule de leur déclaration commune, les organisations signataires, pour la première fois, affirment qu’elles « se rejoignent sur [des] propositions de réformes ». Loin d’être les partisans du statu quo ou d’un immobilisme, les syndicats veulent désormais former un front uni pour proposer et accepter des réformes. Le préambule rappelle encore « le droit à une couverture sociale universelle dans le cadre d’une Sécurité sociale fondée sur la solidarité nationale ». « Conscientes de l’ampleur des problèmes », les organisations signataires demandent aussi « une clarification des comptes ». Elles rappellent enfin au gouvernement leur refus de tout projet de « fiscalisation » ainsi que de « toute forme d’étatisation de la Sécurité sociale ». Les syndicats acceptent le principe d’une réforme de la Sécurité sociale ; Le Monde 01 novembre 1995.

Sophie Béroud : Chronologie du mouvement social de l’automne 1995, Les Cahiers du Genre, 1997 https://www.persee.fr/docAsPDF/genre_1165-3558_1997_num_18_1_1012.pdf

[10] - Nicole Notat : « Osons défendre la Sécurité sociale, ne l ’enterrons pas ce soir par des actes syndicaux d’arrière-garde. » Elle rejette l’idée d’une manifestation interprofessionnelle pour le 28 nov. (appel par FO)

[11] -. Une polémique a lieu. Alain Touraine et ses amis défendent la « deuxième gauche » Touraine, Alain et col. (1996), Le Grand refus : réflexions sur la grève de décembre 1995, Paris, Fayard, 1996). D’autres avec Pierre Bourdieu, affirment au contraire l’actualité d’un antilibéralisme, avec un Appel pour des états généraux du mouvement social (Bourdieu, 2002). Voir Cours-Salies, Pierre (1998), « Un espoir en partie formulé », dans Claude Leneveu et Michel Vakaloulis, Faire mouvement. Novembre-décembre 1995, Paris, PUF, 1998. Cours-Salies, Pierre (1998), « Un espoir en partie formulé »,

[12] - Cours-Salies et Vakaloulis (avec Gérard Mauger, René Mouriaux, Michel Wieviorka) Les Mobilisations collectives : une controverse sociologique, PUF, Paris. (2003).

[13] - Élue en 1993, l’Assemblée nationale comporte une majorité écrasante à droite : 495 député·es sur 577, avec 23 pour le PCF et 56 pour le PS. La victoire nette de Chirac contre Jospin à la présidentielle date du 23 avril.

[14] -Sophie Béroud « Chronologie du mouvement social de l’automne 1995, Les Cahiers du Genre Année 1997, pp. 121-133

[15] - Alors même que les masses financières en jeu sont supérieures à celles du budget de l’État, le contrôle de la politique du Gouvernement en matière de sécurité sociale échappait très largement au Parlement en raison du fonctionnement et du financement originellement paritaires de la sécurité sociale. La Loi constitutionnelle n° 96-138 du 22 février 1996 change cette règle et institue les lois de financement de la sécurité sociale (PFSS). Précédemment, la CSG (Contribution sociale généralisée) avait été créée à l’initiative du gouvernement Michel Rocard, pour diversifier le financement de la protection sociale, dans la loi de finances pour 1991.

Le gouvernement de la gauche plurielle, en décembre 1997, décide que la CSG finance la branche maladie contre une réduction des cotisations salariales.

[16] - Données de la DARES, (service des études et des statistiques du ministère du travail),.

[17] -Nicolas Da Silva, La bataille de la Sécu, éd. La Fabrique, 2022. Outre une mie en forme des racines historiques de l’Etat social et du moment où la Protection sociale, une réforme essentielle de la Libération, permet une politique de santé fondée sur une socialisation partielle des richesses. Puis comment cette conquête, combattue passe, par diverses décisions politiques imposées, vers un retour à un système de soins dominé par une logique capitaliste. Il y démonte fort bien la réalité et les effets de la financiarisation de la Sécurité sociale. ; op.cit. p. 207- 244.

[18] - En 1993, la droite a bénéficié des résultats du début de deuxième septennat de F. Mitterrand. Au premier tour, avec Jacques Chirac, elle obtient 42,88% des voix ; le PS, 20,13% ; le FN 12,42 ; le PC 9,30%. Le PS qui avait obtenu près de 9 millions de suffrages en 1988 n’en conserve plus que la moitié, avec 4,7 millions. Au second tour, 99 députés de gauche… Voir Jérôme Jaffré, La droite restaurée, Pouvoirs n°23. Dès cette échéance, sans député, le Front National « est installé ».

[19] - Des 495 députés de 1995 pour la droite, il en reste 253. Le PS, le PC et les Verts en totalisent 319 (250 PS, 36 PC, 33 Verts).

[20] - Avec 43,1 % des voix au premier tour, la gauche plurielle devance la majorité présidentielle (36,5 %) et le Front national (14,9 %). Le parti socialiste, avec 246 députés dans la nouvelle Assemblée, loin de la majorité absolue de 289. A besoin du parti communiste (37 sièges), du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement (7), des radicaux de gauche (13), des divers gauche (9) et des Verts (8) qui, pour la première fois, font leur entrée à l’Assemblée nationale

[21] - Arbitre du second tour, le FN a qualifié 130 candidats, les maintient dans 76 circonscriptions, contribuant dans les triangulaires à la défaite de la droite parlementaire.

[22] - En 2002, Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec 720 319 voix supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %.

[23] - Issue du « plan Juppé », il s’agit d’un régime de couverture médicale « universalisé » par une assurance maladie universelle dont l’affiliation ne repose pas sur une condition de travail mais sur une condition de résidence. Cette couverture consiste en un « panier de soins couverts » auxquels un tarif a été fixé, tarif qui s’impose au professionnel de santé. Dans les faits cette aide a permis de couvrir pratiquement l’ensemble de la population sans que les professionnels de santé aient eu besoin de faire la charité aux plus démunis.

[24] -La loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites, dite « loi Fillon sur les retraites »1, est une réforme du régime des retraites de base conduite en 2003 par François Fillon (alors Ministre des Affaires sociales), qui a modifié le système de la Retraite en France. Cette loi étend la réforme Balladur des retraites de 1993 à la fonction publique, concerne les retraites portant sur la part des revenus inférieure au plafond de la Sécurité Sociale. Elle a été conçue selon Jacques Chirac dans une optique annoncée de sauvegarde de la retraite par répartition³. Ses principales dispositions incluent un allongement de la durée de cotisation, des incitations à l’activité des « seniors » et la mise en place d’un système de retraite par capitalisation individuel, le PERP, à l’image de ce qu’ont prévu la plupart des systèmes de retraite en Europe.

[25] - Nicole Notat, Secrétaire Générale de la CFDT « prend la Présidence de l’UNEDIC Le conseil d’administration de l’Unedic, mardi 1e octobre, grâce au vote, à bulletin secret, du conseil exécutif du CNPF en sa faveur (Le Monde 2 oct. 1996), Une déclaration patronale vaut d’être rappelée : ‘’ ce n’est pas le moment de retirer à Mm Notat la présidence de l’Unedic alors qu’elle y a bien travaillé et qu’elle a accepté de retrousser ses manches à la Caisse d’assurance maladie’’.

[26] - Une publication est créée, Tous ensemble, pour donner une expression publique pour une intervention externe à la CFDT

[27] - Maryse Dumas, membre de la direction confédérale de la CGT de décembre 1995 à 2009. Article dans La Pensée n°412 "Syndicats face aux mutations du capitalisme ».

[28] 23- Alain Touraine et al., Le Grand Refus. Réflexions sur la grève de décembre 1995, Fayard, 1996, 320 p..

Claude Leneveu et Michel Vakaloulis (dir.) Faire mouvement, PUF, 1998.

Sophie Béroud et René Mouriaux, Le Souffle de décembre. Le Mouvement social de 1995 : continuités, singularités, portée, Éditions Syllepse, 1997, réédité sous le titre Le Souffle de l’hiver 1995, Éditions Syllepse, 2001. Robert Castel, Métamorphose de la question sociale. Une chronique du salariat, Fayard, 1995 ; Robert Castel et Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, Fayard, 2001.

Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis (Sous la direction de) Les mobilisations collectives : Une controverse sociologique, PUF – 2003. Avec des contributions de Pierre Cours-Salies, Gérard Mauger, René Mouriaux, Michel Vakaloulis, Michel Wieviorka.

[29] - Collectif, revue de débat intersyndical avait publié un numéro à la Protection sociale en juillet 1995.

[30] - Les animateurs du soutien à Rocard sous la forme de « vive la crise » qui oblige à dépasser les « corporatismes » se retrouvent pour dénoncer. Le Grand Refus, Fayard, 1996,

[31] - Dans une quinzaine d’entretiens réalisés durant les jours de grève, le changement des rapports sociaux formait la trame des propos. P. Cours-Salies, « Le Collectif et le particulier. Réflexions autour d’un mouvement inachevé », Cahiers du GEDISST n°18, 1997. L La Confédération générale du travail (CGT) a fait le choix de syndiquer les chômeurs en son sein.es Marches, organisées sur l’initiative d’AC ! en 1994 (Marche nationale) et en 1997 (Marche européenne) qui vont permettre au mouvement de se structurer. Plus d’une centaine de collectifs se constituent dans la foulée en France,

[32] - Francis Sitel, Critique communiste n°144. La coordination nationale des sans-papiers est créée en juillet 1996 en pleine occupation des sans-papiers de l’Église Saint-Bernard.

[33] - M. Olson, La logique de l’action collective, PUF, 1978. Sa représentation vise à instaurer un modèle d’actions morcelées, de régulation du système de domination : Pour Olson, les grands groupes rencontrent des coûts relativement élevés pour organiser leur action collective alors que de petits groupes seront confrontés à des coûts relativement faibles.

[34] - Cette « innovation » servira de support pour imposer un travail forcé, au prix d’une maigre allocation.

[35] - Dès l’après Mai 68, pour rendre les « démocraties gouvernables », des intellectuels se regroupent, avec les prophètes du néo-libéralisme, pour définir des règles face aux exigences de plus de socialisation des richesses et de plus de démocratie. Leurs réponses ont cheminé et se sont muées en normes de relations internationales et de fonctionnement effectif du système politique démocratique. Le but, comme le dit le rapport de la Trilatérale en 1975, est d’obtenir une certaine mesure d’apathie et de non-participation de la part de quelques individus et groupes (…) Et le danger demeure de surcharger le système politique d’exigences qui étendent ses fonctions et sapent son autorité. Les exigences vis-à-vis d’un gouvernement démocratique augmentent, alors que la capacité d’un gouvernement démocratique stagne P. Cours-Salies, A la prochaine… éd. Syllepse, p. 109-113.

[36] - Selon un rapport de l’OIT de 2018, L’économie informelle emploie plus de 60 pour cent de la population active dans le monde. Pour qui évoque le commerce mondial, 93 pour cent de l’emploi informel dans le monde se trouvent dans les pays émergents et en développement. En Afrique, 85,8 pour cent des emplois sont informels. La proportion est de 68,2 pour cent en Asie et Pacifique, de 68,6 pour cent dans les Etats arabes, 40,0 pour cent pour les Amériques et 25,1 pour cent en Europe et en Asie centrale. La majorité d’entre eux sont privés de protection sociale, de droits au travail et de conditions de travail décentes https://www.ilo.org/fr/resource/news/l’économie-informelle-emploie-plus-de-60-pour-cent-de-la-population-active

[37] - Restée hors des informations et commentaires publics, elle eut lieu à l’initiative de la gauche de la CFDT. Cette commune expérience avait multiplié les contacts téléphoniques entre plus d’une trentaine d’unions départementales et de multiples syndicats. D’où le besoin, dès le soutien apporté au Plan Juppé par Nicole Notat, Secrétaire générale, d’avoir une sorte de secrétariat assurant les liaisons entre syndicalistes pour s’informer, discuter des suites. Une conséquence : le constat assez rapide que la succession des manifestations finirait par user à l’approche de Noël. Une idée fût donc formulée : faisons à Paris une grande manifestation convergente vers le centre et restons-y. Nous lui dirons « nous n’en partirons pas tant que le Plan Juppé ne sera pas retiré ». Cette hypothèse dynamique, soumise aux diverses conférences téléphoniques qui permettaient de vérifier si elle plaisait et dans combien de villes cela pouvait se traduire par un sit-in devant les Préfectures ou les sièges de députés de droite.

[38] - De 1975 à 1995, la CGT perd 75 % de ses adhérents. Elle recueillait 32 % des voix aux élections pour les comités d’entreprises en 1981-1982, elle n’en obtient plus que 22 % dix ans plus tard. Les licenciements de délégués censés pourtant être « protégés » se comptent par dizaines de milliers, la crainte des représailles patronales devient le premier motif de non-syndicalisation avoué par les salariés du privé. Le collectif militant de la CGT présente de plus en plus une image inversée du salariat : vieillissant et majoritairement masculin, plus souvent issu du secteur public et des catégories les plus stables du salariat, il n’est plus en adéquation avec celles et ceux qu’il doit représenter et organiser. syndicollectif.fr/les-120-ans-de-la-cgt-un-dialogue-entre-maryse-dumas-et-sophie-beroud/  Article de revue Démarchandiser le travail pour contrecarrer le capital Par Maryse Dumas https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2022- Dans une option de consolidation d’un syndicalisme qui réponde à la réalité : À la fin du XX^(e) siècle, devant l’offensive néolibérale, le rapport de forces devient très défavorable aux salariés. La CGT estime alors le moment venu de construire une nouvelle vision de la condition salariale susceptible de donner des perspectives aux luttes et de rééquilibrer les rapports de forces en faveur de celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle met alors en cohérence ses propositions revendicatives pour gagner un « Nouveau statut du travail salarié » et passer ainsi d’une démarche syndicale en « défense » à une démarche en « conquête ».

[39] - En 1999 ont lieu deux grandes manifestations : la marche mondiale des femmes et la marche internationale contre le chômage à Cologne.

[40] - « Construisons une sécurité sociale du XXIe siècle » titre d’un article remarquable de Gérard Gourguechon, dans Utopiques, 12, revue de L’Union syndicale Solidaires. De même, la brochure Réformes des retraites et lutte des classes https://www.lesutopiques.org/reformes-des-retraites-et-lutte-des-classes/ Et Alain Supiot Le travail n’est pas une marchandise: Contenu et sens du travail au XXIe siècle, éd. Collège de France, 2019.

[41] - Pierre Cours-Salies, coordination - La liberté du travail /; réd. par Mateo Alaluf, Sylvain Broccolichi, Christophe Dejours… Y. Schwartz, Jean-Marie Vincent…] – 1995 –éd. Syllepse

P. C-S, avec René Mouriaux L’Unité syndicale en France (1997). éd. Syllepse.

Stephen Bouquin, La Valse des écrous travail…axtion collective dans l’industrie automobile, éd. Syllepse, 2006.

Pierre Cours-Salies, Stéphane Le Lay (dir.), Le bas de l’échelle. La construction sociale des situations subalternes, Erès, coll. « Questions vives sur la banlieue », 2006.

P. C-S René Mouriaux rééd du livre de Pouget et Pataud de 1909, Comment nous ferons la révolution (1995, éd. Syllepse

P. C-S avec René Lourau et René Mouriaux rééd. Henri Lefebvre, Mai 68, l’irruption… (1998). éd. Syllepse

[42] - https://www.sante-et-travail.fr › ne-lâchons-pas-travail. Lire aussi Thomas Coutrot Co-auteur : Coralie Perez Redonner du sens au travail Une aspiration révolutionnaire, Seuil, 2022. Rappelons les Assises de la santé et sécurité des travailleurs et travailleuses 13 et 14 mars 2024 ; et les documents de la campagne La sécurité sociale a 75 ans ! reprise cette année où elle a 80 ans. https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/la-securite-sociale-a-75-ans ; ainsi que Jean Claude Chailley de la Convergence Nationale des services publics https://www.convergence-sp.fr/ 14 octobre 2020, par Jean Claude Chailley : « La Sécurité sociale est le fruit d’un très long combat. »

[43] - https://syndicollectif.fr/sante-au-travail-un-article-de-laurent-vogel/

[44] - https://www.ilo.org/fr/resource/news/la-declaration-de-philadelphie-75-ans