40ᵉ congrès du PCF : le communisme écarté, l’antifascisme désarmé
Derrière la reconduction de Fabien Roussel, le congrès de Lille a consolidé une véritable contre-réforme doctrinale : le socialisme devient le processus concret, le communisme une visée lointaine, la rupture avec la Ve République s’efface et l’autonomie présidentielle du PCF tient lieu de stratégie. Mais il laisse sans réponse la question décisive : comment empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir ?
Le 40ᵉ congrès du Parti communiste français ne peut être résumé à la réélection de Fabien Roussel, à la préparation d’une nouvelle candidature présidentielle ou aux affrontements entre majorité et minorités.
Une orientation politique et doctrinale plus profonde s’y est consolidée. Elle entend organiser le PCF pour les quinze ou vingt prochaines années autour de la reconstruction de l’État et de la nation, d’un socialisme de transition « aux couleurs de la France », de la réindustrialisation et de l’affirmation électorale autonome du parti.
Cette orientation ne répond pourtant pas à la question historique qui nous est posée.
Nous sommes à moins d’un an d’une élection au terme de laquelle l’extrême droite peut prendre le pouvoir. Les institutions de la Ve République, l’appareil répressif, la concentration des médias, la banalisation du racisme et la destruction des solidarités collectives lui préparent déjà le terrain. La bourgeoisie et une partie croissante de la droite se montrent de plus en plus disposées à composer avec elle.
Dans cette situation, la première responsabilité d’une organisation communiste devrait être de déterminer les conditions sociales, politiques et électorales permettant de mettre en échec cette offensive.
Or, après avoir décrit le danger, le congrès a refusé d’en tirer les conséquences.
Il n’a pas proposé la constitution d’un front populaire et antifasciste. Il n’a pas cherché à rapprocher les forces de la gauche de rupture. Il n’a pas placé la construction d’une candidature commune au cœur de sa stratégie. Il a, au contraire, sanctuarisé la perspective d’une candidature communiste autonome et renforcé la mise à distance de La France insoumise.
Le problème du congrès n’est donc pas qu’il aurait insuffisamment parlé de l’extrême droite.
Il est qu’il a refusé de répondre à cette question simple : comment l’empêcher de gouverner ?
Une majorité réelle, mais un parti qui continue de se rétrécir
Le texte de la direction nationale, Un communisme de conquêtes, a recueilli 14 810 voix, soit 61,38 % des suffrages exprimés. Le texte Communistes à l’offensive, auquel participaient plusieurs initiateurs d’Alternative communiste, en a obtenu 6 117, soit 25,35 %. Les deux autres textes alternatifs ont recueilli respectivement 7,60 % et 5,67 %. Sur les 37 286 adhérents appelés à voter, 24 608 ont participé au scrutin.
La majorité est incontestable. Mais elle ne peut masquer la poursuite du rétrécissement du PCF.
Le nombre de communistes appelés à voter a diminué de près d’un quart depuis 2018. Depuis cette date, le PCF n’a dépassé 3 % lors d’aucune des trois consultations nationales auxquelles il s’est présenté sous ses propres couleurs : les élections européennes de 2019 et 2024 et l’élection présidentielle de 2022.
L’affirmation retrouvée de l’identité du parti n’a donc produit ni redressement électoral ni renforcement militant durable.
C’est pourtant de cette expérience que la direction conclut qu’il faut prolonger la même orientation pour quinze ou vingt ans.
L’autonomie n’est plus conçue comme une capacité d’initiative permettant aux communistes d’intervenir dans un rassemblement plus large. Elle devient une finalité en elle-même. Plus le parti s’affaiblit, plus il cherche dans sa seule affirmation une preuve de son existence.
Mais être visible ne signifie pas être utile. Présenter un candidat ne signifie pas construire une perspective politique. À force de faire de la « visibilité communiste » un objectif séparé du rapport de forces réel, le PCF risque de ne plus être visible que comme une force de division supplémentaire.
L’histoire du communisme français raconte pourtant l’inverse. Les grandes périodes durant lesquelles le PCF a pesé sur le cours du pays furent celles où il sut proposer un horizon majoritaire, organiser un bloc populaire et prendre des initiatives de rassemblement : le Front populaire, la Résistance, la Libération, le Programme commun ou, plus récemment, le Front de gauche.
Son identité ne s’est jamais construite dans la solitude. Elle s’est affirmée par sa capacité à devenir une force déterminante dans des dynamiques plus larges que lui.
Un antifascisme sans stratégie antifasciste
Le texte adopté établit un diagnostic grave. Il reconnaît que certaines fractions de la bourgeoisie peuvent voir dans l’extrême droite une solution autoritaire. Il rappelle qu’en 2024 le Nouveau Front populaire a empêché son arrivée immédiate au pouvoir. Il souligne que les institutions de la Ve République sont à bout de souffle.
Mais après ce constat, la réponse se réduit pour l’essentiel à reconstruire la conscience de classe, renforcer le parti et présenter une candidature communiste.
La reconstruction d’une conscience de classe est évidemment indispensable. Mais elle ne saurait devenir une formule permettant d’esquiver les choix politiques immédiats.
L’histoire du mouvement ouvrier ne nous enseigne pas qu’il faudrait attendre que la conscience de classe soit suffisamment développée avant de combattre le fascisme. Elle nous enseigne, au contraire, qu’il faut savoir articuler les luttes sociales, la bataille idéologique, l’unité d’action et la construction d’un front politique.
L’antifascisme n’est ni une posture morale ni un supplément d’âme. Il est une stratégie de classe lorsque le capitalisme en crise cherche une issue autoritaire.
Il oblige à identifier le danger principal, à mesurer le rapport des forces et à réunir celles et ceux qui peuvent empêcher la catastrophe. Il ne suppose pas de faire disparaître les divergences. Il suppose de ne pas les transformer en frontières infranchissables.
Le congrès fait le choix inverse. Il place au même niveau le danger représenté par l’extrême droite et la nécessité de préserver l’identité électorale du PCF. Il affirme même la légitimité de présenter une « candidature de rassemblement issue de ses rangs ».
Les mots ne suffisent pas à modifier la nature d’une décision. Une candidature décidée par un seul parti, portée par son secrétaire national et opposée à celle de la principale force de la gauche de rupture demeure une candidature supplémentaire.
Le PCF reconnaît que l’extrême droite peut gagner. Mais il continue de raisonner comme si le principal danger qui le menaçait était son propre effacement dans la gauche.
Rarement la contradiction aura été aussi nette : plus la possibilité d’une victoire du fascisme se rapproche, plus la direction transforme l’affirmation solitaire du parti en principe intangible.
Derrière Roussel, la matrice Picquet-Roussel
Parler uniquement de « rousselisme » serait insuffisant.
Fabien Roussel est le visage de cette orientation, mais une véritable doctrine a été élaborée autour de lui. Christian Picquet en est l’un des principaux théoriciens. Elle peut être définie comme un néo-étapisme à matrice national-républicaine.
Le terme ne signifie pas que ses promoteurs reprendraient mécaniquement les conceptions du socialisme d’État du XXᵉ siècle. Christian Picquet récuse le « socialisme dans un seul pays », défend les libertés démocratiques et continue de se réclamer du communisme comme mouvement d’abolition de l’ordre existant.
Mais la construction adoptée par le congrès rétablit bien une succession politique :
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le communisme devient la visée révolutionnaire ;
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le socialisme devient le processus historique concret ;
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la conquête et la transformation de l’État redeviennent l’axe central ;
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la nation constitue le cadre stratégique privilégié ;
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le PCF et sa candidature autonome deviennent les instruments indispensables de cette transition.
Cette doctrine mêle plusieurs traditions : le républicanisme issu de la Révolution française, la centralité de la nation, le développement industriel, l’État planificateur et une conception classique du parti comme sujet de la conquête du pouvoir.
Elle possède aussi un adversaire politique clairement identifié : une gauche radicale accusée d’abandonner la République, d’ethniciser le peuple, de substituer les identités à la lutte des classes et d’opposer les quartiers populaires aux territoires ruraux et périurbains.
Ce n’est donc pas seulement une stratégie électorale. C’est une construction intellectuelle cohérente, qui cherche à faire du PCF le représentant d’une République sociale réunifiée autour du travail, de l’industrie, de la souveraineté et de la nation.
Le problème n’est pas de défendre la République, l’industrie ou la souveraineté populaire. Il est d’en faire des lignes de démarcation avec les mouvements antiracistes, les quartiers populaires et la principale force de la gauche de rupture.
La classe ne se reconstruit pas en niant la manière dont le racisme, le patriarcat et les discriminations organisent concrètement son exploitation et sa division. L’universalisme ne peut pas être une abstraction proclamée depuis l’État. Il se construit par le combat contre toutes les dominations réelles.
Cette ligne marque également une rupture avec la tradition unitaire que Christian Picquet avait lui-même défendue au sein de la LCR, puis dans la Gauche unitaire et le Front de gauche. Il ne s’agit plus d’œuvrer à la constitution d’une force commune de la gauche de rupture, mais de restaurer un PCF autonome en le différenciant prioritairement de LFI.
Le congrès ne constitue donc pas seulement un nouveau succès interne de Fabien Roussel. Il consacre une contre-réforme doctrinale du communisme français, dont Roussel est le visage et Picquet l’un des principaux architectes.
Le socialisme comme fétiche, le communisme comme visée lointaine
Le congrès a beaucoup célébré la réintroduction du mot « socialisme ».
Le texte distingue désormais explicitement « une visée révolutionnaire : le communisme » et « un processus : le socialisme aux couleurs de la France ».
Le problème n’est évidemment pas le mot socialisme. Il appartient pleinement à l’histoire du mouvement ouvrier et peut désigner un processus de rupture avec le capitalisme, d’appropriation sociale et d’extension de la démocratie.
Le problème est la fonction qu’il remplit.
Dans le texte adopté, le communisme devient l’horizon général, la finalité et la visée. Le socialisme désigne la politique concrète : planification, nationalisations ciblées, développement des forces productives, souveraineté industrielle, rôle de l’État et coopération entre nations.
Le communisme reste donc au fronton, mais il cesse d’être le principe organisateur immédiat du projet.
C’est en ce sens que le socialisme devient un fétiche. Son invocation permet de qualifier de révolutionnaire un programme centré sur l’État, les nationalisations et la production, tout en repoussant la question communiste à un avenir indéterminé.
Pour nous, le communisme ne désigne pas la société parfaite qui apparaîtrait au terme d’une longue phase socialiste.
Il est déjà le mouvement par lequel les femmes et les hommes arrachent des pouvoirs au capital, soustraient des biens et des services au marché, développent les communs, transforment le travail, conquièrent l’égalité, organisent la gratuité et prennent collectivement en charge leur existence.
Cela ne signifie pas que le communisme serait déjà réalisé dans les interstices du capitalisme, ni que la question du pouvoir d’État pourrait être évacuée.
Cela signifie que la visée doit agir dès maintenant sur le contenu des luttes, des institutions et des conquêtes.
Les étapes ne sont pas des régimes étanches se succédant mécaniquement. Elles correspondent à des degrés de socialisation, de démocratie, de démarchandisation et d’émancipation conquis par les luttes et étendus par l’action politique.
L’aile la plus orthodoxe de la majorité ne cache d’ailleurs pas la signification qu’elle donne à ce tournant. Franck Marsal se félicite de voir le socialisme rétabli comme « phase ou étape de transition ». Il présente la conception du communisme comme « mouvement réel » ou comme « communisme déjà là » comme une théorie révisionniste dont le congrès aurait heureusement réduit l’influence.
Christian Picquet est plus complexe et ne peut être entièrement assimilé à cette lecture. Mais le compromis adopté permet précisément leur convergence : le socialisme devient le processus concret, tandis que le communisme est maintenu comme horizon ultime.
Cette opération ne redonne pas au communisme sa force. Elle permet de passer par-dessus bord son contenu immédiatement transformateur.
Elle restaure aussi une conception dans laquelle l’essentiel se jouerait d’abord dans la conquête de l’État, avant que ne puisse véritablement commencer la transformation communiste. Or la conquête institutionnelle n’a de sens que si des rapports communistes se construisent déjà dans les luttes, les services publics, les entreprises, les territoires et les nouvelles formes de propriété sociale.
Le communisme ne peut pas être seulement ce qui vient après. Il doit déterminer ce que nous voulons changer maintenant.
Une République refondée, mais plus de VIᵉ République
Le même mouvement de recul est visible sur les institutions.
Le texte affirme que la Ve République est à bout de souffle et critique la concentration présidentielle du pouvoir. Il propose une République « démocratique, laïque, universaliste et sociale » et appelle à ouvrir le chantier d’une « nouvelle République ».
Mais l’objectif explicite d’une VIᵉ République a disparu.
Le texte ne propose ni Assemblée constituante, ni processus constituant populaire, ni abolition clairement organisée de l’architecture institutionnelle actuelle.
À sa place figurent des réformes démocratiques utiles — renforcement du Parlement, proportionnelle, référendum d’initiative citoyenne, nouveaux droits d’intervention — mais qui pourraient, pour l’essentiel, être mises en œuvre dans une Ve République aménagée.
Ce recul n’est pas sémantique.
La Ve République concentre et personnalise le pouvoir. Elle neutralise régulièrement la souveraineté populaire et organise toute la vie politique autour de l’élection présidentielle. Elle a fourni à Emmanuel Macron les instruments de son autoritarisme. Elle pourrait demain placer des pouvoirs considérables entre les mains de l’extrême droite.
Une stratégie antifasciste devrait donc faire de la rupture institutionnelle et d’un processus constituant populaire un enjeu central.
Le congrès choisit, au contraire, de dénoncer le présidentialisme tout en faisant de la participation autonome du PCF à l’élection présidentielle la preuve principale de son existence.
La contradiction est manifeste : la candidature communiste s’adapte à l’institution que le projet prétend vouloir dépasser.
Renoncer à porter clairement une VIᵉ République, au moment même où l’extrême droite peut s’emparer des institutions de la Ve, constitue une régression majeure. Une « nouvelle République » sans processus constituant risque de n’être qu’une Ve République corrigée, alors que la situation exige une rupture démocratique.
Les libertés publiques sans mise en cause de l’appareil répressif
La fascisation ne commence pas le soir où l’extrême droite remporte une élection.
Elle avance à travers la banalisation des discours racistes, la restriction du droit de manifester, la surveillance généralisée, la militarisation du maintien de l’ordre, l’impunité policière et le recul progressif des garanties démocratiques.
Une stratégie antifasciste doit donc affronter la transformation déjà engagée de l’État.
Sur ce terrain, le texte reste particulièrement faible. Il affirme vouloir défendre les libertés publiques et prémunir la population contre les dérives liberticides. Mais il ne mentionne pas la BRAV-M et ne demande pas son démantèlement.
L’amendement tendant à intégrer cette exigence au texte a été rejeté.
Ce choix est révélateur. Il est possible de dénoncer abstraitement l’autoritarisme, mais beaucoup plus difficile, pour cette orientation, de remettre en cause les institutions qui le rendent concret.
On ne protège pas la République en refusant de regarder les violences commises en son nom.
On ne combat pas la progression de l’extrême droite sans transformer profondément les doctrines, les unités et les structures de contrôle de la police.
On ne peut pas prétendre préparer l’avenir tout en léguant à un éventuel pouvoir fasciste un appareil répressif toujours plus autonome, militarisé et difficilement contrôlable.
L’affaiblissement de la critique de la Ve République, le refus de démanteler la BRAV-M et la faiblesse des propositions de transformation démocratique de la police ne sont pas trois sujets séparés. Ils révèlent une même difficulté à penser l’État comme un terrain de lutte traversé par des appareils, des intérêts et des logiques qui ne deviennent pas automatiquement populaires parce qu’un gouvernement de gauche en prendrait la direction.
L’antisémitisme combattu, puis utilisé pour fracturer la gauche
La lutte contre l’antisémitisme est une exigence absolue du combat communiste.
Elle doit être menée partout, y compris lorsque des représentations ou des paroles antisémites apparaissent à gauche, dans les mouvements sociaux ou dans les mobilisations de solidarité avec la Palestine. Aucun calcul politique ne peut justifier de les relativiser.
Mais cette exigence impose de désigner précisément les faits et les discours. Elle interdit les insinuations générales et la culpabilité par association.
Le texte du congrès dénonce les « discours communautaristes » et des « outrances flirtant parfois avec l’antisémitisme », qui diviseraient celles et ceux qu’il faudrait unir.
La France insoumise n’est pas directement nommée dans cette phrase. Elle est néanmoins attaquée quelques pages plus loin, le texte lui reprochant de capter la radicalité d’une partie de la jeunesse et des quartiers populaires tout en empêchant la constitution de majorités progressistes.
L’enchaînement politique est suffisamment clair. Les désaccords peuvent et doivent être formulés, mais ils ne peuvent prendre la forme d’une mise au pilori.
La direction du PCF aurait pu proposer un combat commun exigeant contre l’antisémitisme, contre le racisme, contre l’islamophobie, contre les théories complotistes et contre l’offensive idéologique de l’extrême droite.
Elle a choisi d’insérer cette question dans une démonstration plus générale accusant une partie de la gauche radicale de renoncer à l’universalisme et d’enfermer les classes populaires dans des identités particulières.
Cette opération est politiquement dangereuse.
Elle reprend une partie du cadrage installé par la droite et l’extrême droite pour délégitimer les forces qui défendent le peuple palestinien, combattent l’islamophobie et organisent les quartiers populaires.
Il ne s’agit ni d’idéaliser La France insoumise ni d’interdire toute critique de son fonctionnement, de ses choix ou de certaines prises de parole.
Il s’agit de comprendre que l’on ne construit pas un front antifasciste en plaçant sous soupçon l’une de ses principales composantes.
À force de définir son identité contre ses partenaires potentiels, le PCF importe au sein de la gauche une logique de frontières infranchissables. La conflictualité politique ne débouche plus sur la recherche d’une synthèse ou d’un accord, mais sur l’excommunication.
Or l’unité n’a jamais supposé l’absence de désaccords. Elle suppose la capacité à distinguer l’adversaire des partenaires avec lesquels il faut construire malgré les divergences.
La transformation des désaccords en déloyauté
Les débats du congrès et les échanges sur les réseaux sociaux éclairent le climat politique produit par cette orientation.
Les communistes qui ont demandé une clause de réexamen de la candidature y sont accusés de vouloir contourner les statuts, violer les principes démocratiques et fournir des armes aux adversaires du parti. Certains délégués sont présentés comme une « tendance destructrice » susceptible de préparer des « coups fourrés » de l’intérieur.
Ces propos n’engagent évidemment pas l’ensemble de la majorité du congrès. Mais ils révèlent une tendance inquiétante : la transformation progressive d’un désaccord stratégique en mise en cause de la loyauté communiste.
Demander qu’une candidature soit réévaluée en fonction du rapport des forces n’est pas nier la souveraineté des adhérents. C’est vouloir qu’ils puissent exercer cette souveraineté jusqu’au moment décisif.
Défendre une candidature commune n’est pas vouloir dissoudre le PCF. C’est poser la question de son utilité dans une situation historique déterminée.
La démocratie ne consiste pas seulement à voter une fois, puis à considérer toute remise en discussion comme une trahison. Elle suppose que les décisions puissent être confrontées à la réalité et réexaminées lorsque les conditions changent.
Le parti ne se rassemble pas en faisant taire ses contradictions. Il ne se renforce pas en traitant ses minorités comme des forces étrangères.
Une organisation qui prétend transformer la société devrait être capable d’organiser démocratiquement ses propres désaccords. La discipline ne peut pas se substituer à la conviction et l’unité ne peut pas signifier l’alignement derrière une candidature déjà décidée.
Ne pas confondre les militants communistes et la ligne de leur direction
Notre critique est profonde. Elle ne s’adresse pas aux milliers de militantes et militants qui continuent de faire vivre le PCF dans les entreprises, les quartiers, les communes, les syndicats et les associations.
Ils sont présents dans les mobilisations sociales, dans la solidarité avec les peuples, dans la défense des services publics et dans le combat contre l’extrême droite. Ils font vivre L’Humanité, sa Fête et une culture politique irremplaçable.
La colère ne doit jamais conduire à humilier les communistes ni à réduire leur parti à sa direction nationale. Une fois sortis du huis clos du congrès, beaucoup seront de nouveau confrontés aux aspirations unitaires qui traversent le monde du travail, la jeunesse et les quartiers populaires.
Nous ne cherchons pas à organiser la disparition du mouvement communiste historique.
Nous voulons, au contraire, lui permettre de jouer de nouveau un rôle décisif.
Mais cela suppose de rompre avec une conception dans laquelle le renforcement du parti précéderait nécessairement le rassemblement. Le mouvement inverse est également possible : c’est en participant à une dynamique populaire de masse, avec ses idées, ses organisations et ses militants, que le communisme peut retrouver une influence.
L’histoire du PCF le démontre. Ses grandes périodes ne furent pas celles de la solitude, mais celles où il sut contribuer à l’organisation d’un bloc populaire.
L’identité communiste ne s’est jamais construite hors du rassemblement. Elle s’est affirmée par sa capacité à lui donner une orientation sociale, démocratique et révolutionnaire.
Il ne s’agit donc pas de demander aux communistes de renoncer à ce qu’ils sont. Il s’agit de leur proposer de mettre cette histoire et cette force au service d’une perspective majoritaire.
Construire une force communiste pour conclure un accord, pas pour se dissoudre
Notre divergence avec la direction du PCF ne consiste pas à opposer l’existence du mouvement communiste au rassemblement avec La France insoumise.
Cette alternative est fausse.
Les communistes n’ont pas vocation à devenir une collection de ralliements individuels à une campagne déjà constituée. Ils doivent être capables de négocier et de conclure un accord politique, programmatique et électoral en tant que force organisée.
La France insoumise est aujourd’hui incontournable. D’autres forces tendent aujourd’hui à converger. L’abandon par l’aile droitière du Parti Socialiste d’une primaire populaire hypothétique a prodondèment rebattue les cartes.
Cela ne signifie pas que le programme de LFI serait suffisant, que son fonctionnement ne poserait aucune question ou que les communistes devraient abandonner leur projet.
Cela signifie qu’aucune stratégie sérieuse ne peut être construite contre elle ou sans elle.
Nous devons oeuvrer au rassemblement concret des forces de gauche disponibles. Notre engagement dans cette perspective repose sur des engagements clairs :
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une rupture sociale et écologique avec le capitalisme néolibéral ;
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une VIᵉ République issue d’un processus constituant populaire ;
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la défense des services publics, des salaires, des retraites et de la Sécurité sociale ;
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la socialisation des secteurs stratégiques ;
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la transformation démocratique de la police et de l’État ;
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la lutte indissociable contre l’antisémitisme, le racisme et l’islamophobie ;
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la reconnaissance des droits du peuple palestinien et une politique de paix ;
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la représentation du mouvement communiste dans la campagne collective des forces de gauche et dans la future majorité ;
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la construction de candidatures communes aux élections législatives.
Il se prépare par les luttes communes, les débats programmatiques, les rencontres entre élus et militants, la constitution de collectifs antifascistes et la multiplication des initiatives partagées.
Il suppose de convaincre, non de sommer.
Il suppose d’emmener, non de contourner.
Il suppose de démontrer que l’unité ne signifie pas l’effacement, mais peut, au contraire, rendre au communisme son utilité historique.
Le congrès est terminé, la bataille communiste continue
Le 40ᵉ congrès a choisi un socialisme de transition à matrice national-républicaine, une République refondée sans VIᵉ République, la défense des libertés sans remise en cause de la BRAV-M, la lutte contre l’antisémitisme accompagnée d’un soupçon jeté sur une partie de la gauche et une candidature dite de rassemblement qui ajoute une candidature à celles déjà annoncées.
Ces choix forment une orientation cohérente.
Ils ne constituent pourtant pas une réponse au risque fasciste.
La direction du PCF propose d’attendre que le renforcement du parti, la reconstruction de la conscience de classe et l’affirmation électorale autonome produisent leurs effets dans quinze ou vingt ans.
Nous ne disposons pas de quinze ou vingt ans.
La question du pouvoir se posera en 2027.
La responsabilité des communistes n’est pas de choisir entre leur drapeau et la victoire. Elle est de mettre leur histoire, leur capacité d’organisation, leurs élus, leur projet et leur drapeau au service d’une victoire populaire.
Nous voulons reconstruire une force communiste assez large, assez enracinée et assez sûre d’elle-même pour discuter avec LFI et avec les autres forces de rupture l’accord dont le peuple a besoin.
Le congrès a fait de l’autonomie une frontière.
Nous voulons en faire une capacité d’intervention dans un front commun.
Le congrès a repoussé le communisme à l’horizon.
Nous voulons le remettre au présent des luttes.
Le congrès n’a pas répondu à la montée du fascisme.
À nous de construire patiemment la force capable de l’arrêter.