Déjà-là ?!... Oui, mais communiste

Déjà-là ?!.. Oui, mais communiste Le texte de Roger Hillel développe le déjà-là communiste dans le cadre macro-social de la Sécurité Sociale et du statut des fonctionnaires. Je ne répéterai donc pas l’explication très claire donnée dans ce texte. Je rappelle que, dans son tome IV « le communisme ? » p105, Lucien Sève écrit : « Des recherches et publications en nombre déjà appréciable qui, de manière explicite ou non, éclairent les chemins encore peu explorés menant vers un communisme réel, la plus marquante à mon sens est l’œuvre de l’économiste et sociologue Bernard Friot. »

  1. D’autres « déjà là » communistes : Dans leur ouvrage « Le communisme qui vient », Bernard Friot et Bernard Vasseur relèvent d’autres aspects de « déjà-là ». Il s’agit des comportements de dissidence du capitalisme : renouveau des coopératives ( coopératives d’intérêt collectif), différents mouvements d’agriculture biologique, remises en cause de la propriété lucrative des terres à cultiver, recherches sur les logiciels libres et énergies non fossiles, ZAD, mouvements anti-mégabassines et tous les travaux destructeurs de l’environnement… « Sortir de sa marge toute cette effervescence de propriété sociale est certainement un des chemins importants du communisme aujourd’hui » (p97). Tout cela relève d’une lutte pour la propriété sociale de l’outil et la maîtrise du travail concret. Autres « déjà-là », les luttes contre la domination de genre et luttes dé-coloniales. On sait combien le patriarcat et la racisation concourent à diverses formes de surexploitation du travail. À quoi servent les campagnes grotesques contre le « wokisme » sinon à disqualifier toute lutte pour l’égalité ? Pourtant, la lutte pour l’égalité est le feu qui anime toute lutte contre la domination capitaliste. 2) « Déjà-là » culturel et artistique » : Il se passe aussi quelque chose relevant du déjà-là communiste dans le travail artistique. Mais ce quelque chose est tellement spécifique en raison de son aspect artisanal, résistant aux subsomptions réelles du travail sous le capital, et proposant une autre manière d’aborder le réel, que son importance peut échapper aux nécessaires luttes sociales et politiques du quotidien. Marx, dans « Théories sur la plus-value », écrivait : « La production capitaliste est hostile à certains secteurs de la production intellectuelle, comme l’art et la poésie par exemple… Les productions intellectuelles les plus élevées ne doivent être reconnues et en quelques sortes excusées aux yeux du bourgeois que par le fait qu’on les dit productrices directes de richesse matérielle ». Marx a toujours noté cette spécificité du travail artistique dans la société, sans néanmoins produire une théorie de l’art. Vu de notre XXIème siècle, nous avons assisté à une accélération de la marchandisation de la culture à partir de la deuxième moitié du XXème siècle pour atteindre aujourd’hui une hypermassification. Hannah Arendt dans les « Origines du totalitarisme » souligne la perte du monde commun dans la massification du travail comme de la culture, la massification provoquant une désindividualisation du sujet humain. Mais curieusement, il existe toujours un nombre important d’artistes qui refusent toujours la soumission aux règles du capitalisme dans leur travail. Cette dissidence artistique, Adorno les appelait artistes autonomes, par opposition aux producteurs hétéronomes se soumettant aux règles du marché. On peut dire qu’un artiste « autonome » est un artiste qui veut conserver la maîtrise de son travail concret et la production du contenu de son travail. Cela est certainement dû au caractère fortement individualisé et artisanal du travail artistique. Mais l’autonomie artistique par ailleurs n’influe aucunement sur le travail abstrait, la définition de la valeur du travail. Ainsi le travail artistique se situe à front renversé des luttes syndicales ouvrières fortement marquées par une action sur le statut du travailleur et la valeur de son travail plutôt que le contenu du travail.

Sur le contenu du travail artistique, Marcuse rappelait que l’art est le langage de l’Utopie dans le langage. Il est vrai que la nature du travail artistique est le langage, cette spécificité très humaine : langage poétique, visuel ou sonore, des corps dans la danse etc… langage qui permet à l’homme, l’individu, d’accroître sa perception de la vie et sa présence au monde. Le langage artistique est un rapport de relation. Rien à voir avec la consommation culturelle et sa marchandisation qui « programme » notre imaginaire et est complémentaire du management d’entreprise qui, lui, ne vise même plus à diriger les humains mais à les « programmer » tels des algorithmes d’obéissance. C’est donc l’émancipation d’un système d’aliénation qui est en jeu. L’émancipation au travail ira de pair avec l’émancipation culturelle. Il existe aujourd’hui une résistance/dissidence artistique, très nombreuse mais marginalisée par les médias audio-visuels et les algorithmes de recommandation des applications qui sont les lieux de production symbolique du capitalisme contemporain. Sortir de sa marge toute cette effervescence imaginaire et symbolique dissidente est certainement un des chemins importants du communisme aujourd’hui. Voilà quelques idées sur le « déjà-là » communiste, en sachant qu’il existe un « encore-là » capitaliste que le « déjà-là » combat dans le réel, ne mettant pas ainsi l’objectif du communisme dans un idéal inatteignable. La crise du capitalisme globalisé oblige à une bifurcation de civilisation.