Passer à l'action?

L’effondrement du bloc libéral crée une période de grande instabilité politique. Une partie des gens se tourne vers la transformation sociale, et une autre, poussée par les médias dominants, vers la réaction la plus noire. À partir de 2022, cet éclatement s’est aussi reflété à l’Assemblée Nationale. La succession des crises en 2023 et 2024 a achevé le processus : il n’y a plus de majorité parlementaire. Depuis, la convergence du bloc bourgeois et de l’extrême-droite s’accélère. Dans ce contexte, il faut aller de l’avant, car on n’a jamais fait reculer l’extrême-droite en appelant à avoir peur, mais au contraire, en donnant du courage et des perspectives politiques.

À ce stade, deux difficultés compliquent le déploiement d’une vaste campagne transformatrice à gauche :

- La division dans la lutte parlementaire : les uns ont combattu le budget Lecornu, les autres l’ont soutenu. Cette ligne de fracture prolonge celle née du quinquennat Hollande, où une partie de la gauche a choisi le camp libéral contre celui de la transformation sociale.

- La division dans les élections municipales : faute d’avoir travaillé à articuler l’action des forces de longue tradition municipale (PCF, PS, dans une moindre mesure EELV) avec la focale exclusivement nationale de la FI, nous nous opposons dans la plupart des territoires.

Or, pour faire face à la droite, à l’extrême-droite et à leur convergence, le rassemblement est essentiel. Mais on ne peut pas se contenter d’appeler au rassemblement dans le vide, en mettant tout et tout le monde sur le même plan et en attendant que quelque chose se passe.

Nous considérons que ce qui rassemble, à gauche et en France, ce sont les idées de transformation sociale. L’agitation vaine pour trouver un contre-feu à une candidature LFI en 2027 fait perdre du temps ; il est probable que la primaire dans laquelle les socialistes et les écologistes se sont engagés n’aboutisse pas à grand-chose. Pour nous, le nom du candidat n’est pas un blocage, que ce soit Mélenchon ou un autre. Nous pensons que les communistes doivent dialoguer avec les insoumis et, dès que possible, initier ensemble une campagne suffisamment dynamique pour agréger toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, ont le cœur à gauche — et plus généralement, toutes celles et tous ceux qui sont en colère, qui veulent que le monde change.

Nous proposons un partenariat en vue d’une séquence électorale, à l’image de ce que fut le Front de Gauche : nous mènerions notre propre politique, commune quand nous sommes d’accord avec nos partenaires, distincte quand nous ne sommes pas d’accord. Typiquement, nous avons à faire entendre une voix unique sur les thèmes de la socialisation de l’activité économique, du pouvoir sur l’outil de production, de la démocratie à l’entreprise. Plus généralement, nous ne sous-estimons pas les désaccords et les différences avec la FI, mais cela n’empêche pas qu’une alliance avec elle serait utile pour lutter contre le libéralisme et l’extrême-droite, en plus d’avancer la question du rassemblement en passant des mots aux actes.

Dans le même temps, la formation d’assemblées citoyennes dans les territoires donnerait à cette démarche le caractère populaire, l’ancrage et le pluralisme qu’elle requiert.

Sur cette base, nous pourrions échanger avec les autres composantes de la gauche, une fois qu’elles seront arrivées au bout de leurs tentatives. Nous aurons ainsi des arguments positifs et des éléments de rapport de forces à faire valoir, et non simplement des craintes ou des formules moralistes. C’est ainsi que se construisent toujours les coalitions solides, dans les territoires comme au plan national : autour d’un axe.

De fait, passer à l’action dès maintenant permettrait à notre famille politique de sortir de la marginalité des candidatures de témoignage et/ou des tribunes dans Libé « pour un nouveau pacte politique », etc. Aux présidentielles comme dans les luttes sociales, notre place est aux côtés du grand nombre, des millions de personnes qui entrent épisodiquement en mouvement pour changer le monde. Tous ces gens, jeunesse, classes populaires, mouvements sociaux se sont levés lors des dernières élections présidentielles. Agissons pour qu’ils se lèvent à nouveau et pour que, lorsqu’ils le feront, ils nous trouvent à leurs côtés !

La première étape sur ce chemin consiste à refuser que la division aux municipales ait un caractère définitif. Après le premier tour, il y a un second tour. Créons les conditions de fusions systématiques à gauche ; ainsi, les conflits fratricides cesseront de progresser. Nous n’aurons pas annulé les dégâts causés par les politiques sectaires, mais nous aurons empêché qu’elles contaminent tout et qu’elles hypothèquent l’avenir même de la gauche en France.

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