Pourquoi créer un groupe de travail sur le numérique?

Sujet essentiel et pourtant souvent délaissé par le monde politique en général, l’univers numérique est pourtant le lieu d’une bataille technique et politique, un lieu où s’exerce et se déploie d’intenses rapports de domination.

Lors de la rencontre du 2 décembre 2025 à l’initiative de Nos Révolutions, j’avais été invité à m’exprimer sur le sujet. J’avais dans un très court laps de temps tenté de donner quelques uns des enjeux et le moyen de puiser, notamment en s’inspirant de luttes plus anciennes dans ce domaines, la ressource pour tenter de mener des batailles victorieuses comme d’autres le furent (l’architecture TCP-IP, le Web, Linux et plus largement le logiciel libre, Wikipedia,…).

Je reproduis ci-dessous ce texte lacunaire car il méconnait nombre d’enjeux essentiels, mais comme point de départ d’une réflexion à construire.

Les “déjà-là communistes” dans le monde numérique

Le numérique est bien-sûr un terrain de lutte communiste. Depuis quarante ans, nous y menons des batailles. Nous en avons perdu beaucoup, c’est vrai. Mais nous avons aussi remporté des victoires que l’on a pris soin de vous cacher.

Commençons par briser une fable : le numérique et le capitalisme serait fait l’un pour l’autre. C’est la figure du génie dans son garage, c’est la start-up dont Macron a fait son étendard. Et en face, on nous explique que l’État, le public, le commun, ce serait l’échec. C’est un mensonge historique.

Les fondations de notre monde numérique doivent tout à la mise en commun. L’Internet est un réseau conçu avec de l’argent public – militaire puis universitaire – pour relier des chercheurs.

Et quand ce réseau ouvert émerge dans les années 90, le capitalisme n’en veut pas. Il veut créer des « jardins clos », des réseaux privés et fermés. Bill Gates le dit en 1995 : « Je vois peu de potentiel commercial pour Internet pour au moins les dix prochaines années. » Ils n’avaient déjà rien compris. Comme aujourd’hui.

Ce qui a gagné depuis, c’est l’Internet. Enfin, ce qui a gagné, c’est le principe d’une architecture ouverte qui répond à un aspiration profondément humaine : aussitôt raccordé, je peux être producteur de données, de services, et pas un simple consommateur.

Au cœur de cette victoire, il y a une arme politique redoutable, inventée par Richard Stallman : le Copyleft. Dans le droit bourgeois, le Copyright sert à exclure. Alors les pionniers du libre ont créé l’inverse : la licence GPL. Elle dit : « Tu as le droit d’utiliser, de copier, de modifier ce code. MAIS, si tu le redistribues, tu as l’obligation de le laisser libre ».

C’est une clause virale, un véritable hack du système ! Tout ce que touche cette licence devient un bien commun inaliénable. Cette logique a enfanté des piliers essentiels :

  1. Le Web : Il n’est pas né chez Apple, mais en 1989 au CERN, un service public européen. En 1993, le CERN a fait le choix historique de le verser dans le domaine public, renonçant aux brevets et à la rente.

  2. Autre exemple, Linux : Ce système, bâti par la coopération, a écrasé les systèmes propriétaires. Aujourd’hui, 100 % des supercalculateurs mondiaux et tous vos téléphones Android tournent grâce à ce cœur libre.

  3. Enfin, Wikipédia : Une encyclopédie mondiale, gratuite, gérée par le peuple pour le peuple. La référence absolue, née en dehors de la logique du profit.

Ces exemples constituent ce que Bernard Friot appelle le « communisme déjà-là », du déjà-là numérique.

Mais il ne vous aura pas échappé que le capital a rattrapé son retard et n’a pas perdu son objectif : rétablir le régime des « enclosures », refermer ce qui a été ouvert. La liste de ses victoires serait longue et déprimante. Mais si on résume, sa contre-attaque se joue sur deux terrains :

  1. Le Cloud et l’infrastructure. Le Cloud, ce sont des millions d’ordinateurs qui appartiennent à quelqu’un d’autre. Or comme vous le savez, celui qui possède les moyens de production dicte sa loi : les GAFAM captent nos données et nous louent de la puissance, transformant tout en rente. Nos mairies, nos entreprises, notre sécurité sociale ne possèdent plus leurs serveurs. De même, Google et Facebook possèdent aujourd’hui les câbles sous-marins. Ils possèdent les routes, pas seulement les voitures. Nous sommes, états, entreprises et individus, devenus les vassaux d’une nouvelle féodalité numérique

  2. Dernier terrain d’offensive, l’Intelligence Artificielle. L’IA générative, type ChatGPT, est certes une prouesse, mais aussi l’aboutissement du pillage des communs. Comment ces IA apprennent-elles ? Elles ont « aspiré » tout le web ouvert, de toute la littérature, elles se sont gavées de Wikipédia et de nos millions de lignes de code libre. Elles en ont fait un produit. C’est l’aliénation marxiste à l’état chimiquement pur : le travailleur voit son propre travail capturé, et revendu comme un service payant ! Le savoir confisqué dans une boite noire, et c’est le gourou à la tête d’une firme en Califormie qui orientera les algorithmes pour dire ce qui est vrai ou pas.

On voit bien les risques, économiques, culturels et bien-sûr démocratiques.

Mais je veux conclure sur une note optimiste. Nous avons prouvé que nous pouvions gagner. Pas en faisant de la théorie, mais en faisant. Il y des directions claires de lutte et de reconquête :

  • Si Macron n’a rien compris et ne fait rien d’utile à faire, charge à nous d’inspirer de nouvelles politiques publiques : taxer la rente des GAFAM, reconstruire des infrastructures souveraines, des datacenters publics, des clouds coopératifs pour briser la dépendance américaine.

  • Et n’oublions pas de faire ce qui a marché il y 15, 20 ou 30 ans : développer d’autres briques du communisme numérique : pourquoi pas une IA générative coopérative et ouverte, ou encore des alternative fédérées à X, Insta ou Tik Tok.

Menons ces batailles, car le numérique est une lutte de classes. C’est une bataille pour la défense des communs. C’est une bataille communiste.

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Je suggère que nous commencions par “cartographier” l’ensemble des défis et des terrains de lutte et d’action dans ce domaine.

Plusieurs personnes ont exprimé leur disponibilité et sont invitées à rejoindre ce travail.