Pour une commission « Un communisme.21 » Notre coordination nationale du 23 janvier 2025 a acté, sur la demande de plusieurs camarades dont Roger Hillel, la création d’une commission pour travailler sur « le communisme » au 21° siècle au regard de l’analyse de l’étape actuelle du capitalisme et de la dégradation des conditions de la vie menaçant non seulement la civilisation mais l’existence même de l’humanité.
Pour des raisons que nous aurons l’occasion d’expliciter, nous sommes conscient de la complexité de ce travail.
Il nécessite de définir une base pour la réflexion et une méthodologie de travail permettant d’associer le plus grand nombre, de s’appuyer sur la profusion de travaux anciens et récents sur le sujet, tant au plan national qu’international, avec l’objectif de susciter des contributions et de les soumettre à la discussion.
La proposition d’appel à participer au sein de notre réseau pourrait reposer sur un texte court en 2 parties : la base de discussion articulée en deux chapitres, « Nous vivons un temps de basculement du capitalisme » et « Nous construisons un communisme de notre temps » et une proposition de démarche de travail. Pour le texte de la base, nous avons retravaillé le texte écrit collectivement pour une commande de la revue « Contretemps ».
1ère partie : une base de réflexion ### A) « Nous vivons un temps de basculement du capitalisme »
Le moment politique que nous vivons se situe précisément entre une voie ouverte vers une fascisation globale de la société et celle d’un front commun vers l’émancipation.
L’accélération de la néo-libéralisation du capitalisme et sa tendance hégémonique tirent invariablement vers la première issue. Le néolibéralisme agit comme un arasement systématique des cadres institutionnels, sociaux et politiques de l’État social en créant des services marchands là où ils n’avaient pas lieu d’être (éducation, santé, environnement…).
Si les années 1970 ont été le cadre de la théorisation du « there is no such thing as society » thatchérien, elles ont ouvert nettement la porte à la marchandisation des individus comme des territoires. L’ubérisation pour les uns, la concurrence et la compétition territoriale pour les autres sont les facettes du même projet politique. Dans tous les cas, il s’agit d’écrire une fiction selon laquelle la forme entrepreneuriale est la seule qui vaille. Être entrepreneur de soi-même est un dessein qui percole dans toutes les classes sociales, conforté à l’idée qu’il vaut mieux être son propre patron que de subir la pression d’emplois salariés mal rémunérés et mal considérés.
La forme néolibérale du travail adapté à la vie quotidienne charge l’espace social de violences, d’humiliations qui participent à leur tour de justification aux détricotages des solidarités constitutives de lnos sociétés. Les discriminations et les inégalités qui y trouvent leurs ressources sont multifactorielles. Le processus de la néo-libéralisation s’illustre également dans l’ajout de nouvelles discriminations systémiques et la production de nouveaux indésirables : non-performants, non-adaptés aux rythmes, aux injonctions.
Tous ensemble sont rejetés en marge. Tandis que l’inclusion est au cœur des textes, des intentions d’aménagement comme de l’éducation par exemple, le régime politique systémique à l’œuvre créée de la destruction de liens.
Les institutions néolibérales se sont développées autant qu’elles ont pu, mais leur principe fondamental était le monopole US sur le commerce international et la gouvernance du monde, le fameux « consensus de Washington ». L’émergence de concurrents résolus, structurés autour de la Chine dans le cadre des BRICS, rebat les cartes. Il y a désormais une guerre commerciale à remporter, et donc à mener. Il faut tendre toutes les forces des sociétés, plus vite, plus fort, mettre au pas ce qui résiste, dévorer ce qui freine la folle logique de l’accumulation du capital. Les néolibéraux deviennent libertariens et quittent les vieilles institutions qu’ils estiment désormais trop contraignantes (voir le Brexit), les démocraties libérales se transforment rapidement en dictatures libérales (voir l’écrasement des gilets jaunes ou le maintien des vaincus de l’élection législative au gouvernement en France). Partout les libertés individuelles, la protection des minorités, les droits de l’opposition ou de la presse, la liberté de manifester ou de faire grève, la possibilité même de choisir en votant qui gouverne sont mis en cause.
Pour autant, si le moment politique est indéniablement des plus menaçants quant aux conquis sociaux, aux droits humains dans leur globalité… il est aussi celui des urgences et des opportunités d’ouvrir de nouveaux possibles. Nous pensons que ce sont ces « nouveaux possibles », ces alternatives pensées et surtout expérimentées à plus ou moins grandes échelles qu’il faut interroger. Ces déjà-la communistes sont pour certains anciens, fruits des conquis des classes populaires et des mobilisations de la gauche, singulièrement du parti communiste, et pour certains plus récents ou émergents, portés par de multiples et divers acteurs (politiques, syndicaux, citoyens associés…) dans toutes les strates de la société. Les formes de lutte et d’action sont aussi diverses dans leur intensité, leurs formes d’organisation, leur radicalité dont certaines nous interpellent.
Pour autant, ces phénomènes ne font pas – pas encore peut-être – cohérence et n’ont pas la taille critique pour ébranler le système dans ses fondements. De même, les convergences avec les luttes politiques ou syndicales plus classiques peinent à trouver leur chemin quand dans certains cas l’affrontement entre certaines de ces luttes plus atypiques et d’autres formes plus anciennes se matérialise.
Nous pouvons peut-être nous autoriser à penser qu’il y a dans ces mouvements et contradiction de la société un communisme en gestation, celui que Marx définissait comme le mouvement qui abolit l’ordre des choses !
B) « Nous construisons un communisme de notre temps » Dans ce contexte, notre postulat est que l’hypothèse communiste ne saurait être refermée avec l’effondrement des régimes qui ont prétendu l’incarner tout au long du XXe siècle.
Certaines superpuissances capitalistes comme la RPC s’en revendiquent d’ailleurs encore, ce qui est un problème. Il faut traiter ces défaites comme le mouvement ouvrier du 20e siècle avait lui-même traité l’échec de la Commune de Paris : non pas revoir notre ambition transformatrice à la baisse, mais apprendre pour que, lors des prochaines batailles majeures, nous soyons capables de mieux faire face, de ne pas tomber dans les mêmes abîmes. L’enjeu, pour nous, est de contribuer à porter l’humanité plus haut, à véritablement tourner la page du capitalisme, de l’autoritarisme, du chauvinisme, des discriminations, de l’exploitation irraisonnée de ressources naturelles.
De fait, le communisme est pour nous la réponse à la crise de notre époque, au besoin de prise de pouvoir collectif – commun - sur les destinées des sociétés. La politique a un rôle dans ce combat, car c’est bien par l’État que l’ordre capitaliste est propagé et mis en œuvre ; la révolution n’est pas un enjeu accessoire, pas plus que la lutte syndicale à l’entreprise, l’auto-organisation municipale, la construction d’alternatives féministes, écologistes, antiracistes. La tradition marxiste est un point d’appui puissant dans ces batailles, à la fois dans ce qu’elle nous lègue et dans ce qu’elle nous permet d’inventer.
Bien des travaux nous permettent de penser le communisme comme un processus de luttes permanentes et de victoires concrètes jusqu’au cœur du monde capitaliste, que nous désignons comme des « déjà-là » communistes : par exemple la sécurité sociale ou le statut des fonctionnaires.